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Neuf guides pour comprendre les violences conjugales et sexuelles, conserver des preuves en sécurité, soutenir une victime et savoir où trouver de l’aide.

Guide 1 sur 9

Repérer la violence entre partenaires intimes

Conflit ou violence conjugale ? Formes de violence, cycle, emprise, signaux d’alerte et conduite à tenir : comprendre le processus pour mieux le prévenir.

À propos de ce guide

Ce guide a pour objectif de permettre de comprendre le processus de la violence conjugale pour mieux la prévenir. Le savoir et la prise de parole sont présentés comme les deux meilleurs outils pour y mettre fin.

Objectifs
  • Distinguer un conflit de couple d’une violence conjugale (pouvoir, intention, répétition, impact) ;
  • Reconnaître les différentes formes de violence : physique, psychologique, spirituelle et identitaire, numérique, sexuelle, isolement et violence économique ;
  • Comprendre les mécanismes à l’œuvre : cycle de la violence, roue du pouvoir et du contrôle, emprise et stratégies de justification de l’auteur·e ;
  • Mesurer les conséquences sur la santé physique et mentale et sur la vie sociale, et comprendre pourquoi une victime part puis revient (la « rupture évolutive ») ;
  • Repérer les signaux d’alerte dans une relation ;
  • Savoir agir : que faire si l’on est victime, si l’on connaît la victime ou si l’on connaît l’agresseur, avec les numéros d’urgence et les services AidGBV ;
  • Mobiliser chacune et chacun dans la lutte contre la violence fondée sur le genre.
Public cible

Public principal : les victimes de violence conjugale et les personnes qui doutent de ce qu’elles vivent, en particulier les femmes plus exposées (femmes en situation de handicap, de précarité ou en perte d’autonomie) et les jeunes.

Publics secondaires :

  • l’entourage des victimes (famille, amis, collègues) ;
  • les proches des auteur·es de violence ;
  • les professionnel·les de la santé, du social et de la justice ;
  • le grand public, dans une démarche de sensibilisation.
  • Ce guide s’inscrit dans le contexte camerounais et renvoie aux services de la plateforme AidGBV.
Comment utiliser ce guide
  • Vous vivez une situation de violence ou vous avez un doute : lisez les parties I, II et V, puis la partie VI.A (« Que faire si l’on vit de la violence conjugale »).
  • Vous connaissez une victime : lisez les parties V et VI.B.
  • Vous connaissez l’auteur·e des violences : lisez la partie VI.C.
  • Vous êtes professionnel·le ou souhaitez approfondir : les parties III et IV détaillent le cycle de la violence, l’emprise et leurs effets.

Introduction

La violence entre partenaires intimes (VPI), également connue sous le nom de violence conjugale, est une forme répandue de violence fondée sur le sexe (VFS). Elle fait référence à plusieurs formes de préjudices causés par une ou un partenaire intime ou, encore, par une conjointe ou un conjoint, y compris aux préjudices causés après la fin de la relation intime.

Elle peut se manifester dans tous les types de relations amoureuses ou intimes. Elle est présente à tous les âges, dans toutes les classes socio-économiques, toutes les communautés culturelles et toutes les religions. Toutefois, des facteurs de vulnérabilité rendent certaines femmes particulièrement à risque, comme les femmes en situation de handicap, les femmes en situation de précarité, les femmes âgées en perte d’autonomie.

La violence conjugale (appelée aussi violence par partenaire) s’installe lorsque l’un des partenaires prend le pouvoir sur l’autre et crée une relation inégalitaire. L’auteur adopte à l’encontre de la victime des comportements agressifs, violents, menaçants et/ ou manipulateurs. Cette prise de pouvoir - qui fait la différence entre la violence par partenaire et une dispute de couple - peut s’accompagner d’actes violents. Mais il n’y a pas que les coups. Parfois les violences sont moins faciles à repérer. C’est le cas avec les violences psychologiques, sexuelles, économiques ou administratives.

Les deux meilleurs outils pour mettre fin à la violence entre partenaires intimes, également connue sous le nom de violence conjugale, sont le savoir et la prise de parole. Cette publication vous permet d’en apprendre sur cette forme de violence et à vous engager dans la lutte contre la violence fondée sur le genre en général.

I. Comment savoir si c’est un conflit de couple ou de la violence conjugale ?

La violence conjugale peut être difficile à reconnaître. Découvrez comment distinguer le conflit de couple d’une dynamique de violence conjugale.

Les violences s’établissent dans un rapport de force, il y a un dominant et un dominé. la relation est perpétuellement inégalitaire et asymétrique. Lors d’une dispute de couple, on peut avoir des paroles ou des gestes violents mais la violence par (ex)partenaire intime se manifeste toujours par un rapport de domination et d’emprise de l’une sur l’autre et qui ne s’interchange jamais.

Tableau : Différences entre conflit de couple et violences conjugales

Conflit de coupleViolence conjugale
Le PouvoirPouvoir sur la situationPouvoir sur l’autre
L’intentionAvoir raison sur le sujet du conflit
Convaincre l’autre du bien-fondé de son point de vue
Avoir le pouvoir sur l’autre
Le sujet du conflit est un prétexte pour prendre le contrôle sur l’autre
La persistanceLe conflit est ponctuel
Le conflit n’est pas planifié même si le sujet peut refaire surface plusieurs fois
Installation d’une dynamique de répétition
Les stratégies sont cycliques et récurrentes et visent à vérifier et à réaffirmer la domination sur l’autre.
L’impactLiberté d’expression pour chaque protagoniste
Il n’y a pas de peur, chacun se sent libre d’échanger spontanément
Effets visibles sur la victime
Peur, honte, culpabilisation, enfermement, doute…

1. Les violences entre partenaires intimes sont intentionnelles

Les violences entre partenaires intimes comme toutes les violences sont intentionnelles et représentent une atteinte au droit fondamental des victimes à vivre en sécurité, et une atteinte à leur dignité. Elles entraînent aussi une atteinte à leur intégrité physique et psychique et sont à l’origine d’importantes conséquences psychotraumatiques. Elles peuvent mettre en péril la vie, la santé, l’intégration scolaire, professionnelle et sociale des victimes et de leurs enfants. Elles aggravent ou génèrent des situations de précarité, de pauvreté, voire de marginalisation.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) identifie la violence entre partenaires intimes comme un problème majeur de santé publique à l’échelle mondiale, car elle touche des millions de personnes et peut entraîner des conséquences sanitaires, sociales et économiques immédiates et de longue durée (OMS, 2012).

2. La violence entre partenaires intimes implique un rapport de pouvoir et de domination

Dans une dynamique de violence conjugale, les comportements violents sont utilisés par un partenaire qui veut installer un rapport de pouvoir dans la relation, contrôler comment les choses se passent et mettre ses besoins au centre des préoccupations de la famille. Concrètement, cela signifie qu’une personne s’autorise à avoir des comportements de contrainte, dans le but d’imposer sa volonté à l’autre. Par exemple, imposer son opinion sur un sujet, obliger à faire ou à ne pas faire quelque chose, l’empêcher de sortir, contrôler son argent ou avoir le dernier mot lors d’un conflit. Essentiellement, l’agresseur enlève à la victime son droit de décider pour elle-même.

3. La violence entre partenaires intimes implique des comportements violents

Les comportements violents ont pour objectif de prendre le dessus et de contraindre l’autre personne à quelque chose. Ils peuvent être de nature non-physique (sacrer, crier, insulter, dévaloriser, culpabiliser, dénigrer, humilier, interdire, obliger, ridiculiser, blâmer, menacer la partenaire, l’empêcher de voir sa famille ou ses amies, briser des objets, etc.) ou de nature physique (frapper, bousculer, pincer, retenir, cracher, frapper avec un objet, agresser sexuellement, etc.).

La violence peut également se faire via les enfants ou les proches (mentir aux proches, manipuler les enfants, etc.) ; elle peut aussi être de nature économique (critiquer la gestion financière, créer des dettes au nom de la victime, voler de l’argent, manipuler l’information relative aux finances, limiter l’accès aux ressources financières, empêcher de travailler ou d’étudier, etc.).

Elle peut aussi être spirituelle et identitaire (ridiculiser les croyances spirituelles, forcer ou empêcher la pratique d’une religion, se servir de la religion pour justifier sa violence, s’attaquer aux valeurs profondes ou aux aspirations, etc.) ou judiciaire (porter plainte contre la victime aux services de la police, mentir aux intervenant-es socio-judiciaires, ne pas respecter les jugements et ordonnances du Tribunal, etc.).

Certaines formes de violence conjugale sont criminelles (toutes les formes de violence physique, les agressions sexuelles physiques, les méfaits, les menaces de mort ou de blessures, la séquestration, le harcèlement, les tentatives de meurtre, les meurtres, etc.), mais plusieurs des comportements violents subis au quotidien par les victimes de violence conjugale ne le sont pas, bien qu’ils soient tout aussi destructeurs.

4. La violence conjugale n’a pas frontière

La violence conjugale est présente dans tous les types de relations de couple, amoureuses ou intimes (hétérosexuelle, homosexuelle, polyamour, mixte, fréquentation, etc.) ; elle peut persister même lorsque les partenaires se séparent : violence conjugale post-séparation.

II. Les différentes formes de violences par (ex-)partenaires

Quand un.e (ex) partenaire intime utilise des comportements violents de toutes sortes pour contrôler comment les choses se passent dans la vie en général, on parle de violence entre (ex)partenaires intimes. Les manifestations de violence dans les relations amoureuses et intimes sont très variées et peuvent être très subtiles ou très manifestes. Peu importe sa forme, la violence entre partenaires intimes est souvent très difficile à identifier, puisqu’elle se camoufle sous une grande variété de masques qui se fondent dans le décor de la relation amoureuse.

Voici une petite liste de comportements que tu pourrais vivre. Remarque que la liste n’est pas exhaustive et que, si tu subis ce genre de comportements, ce n’est pas ta faute.

1. La violence physique

La violence physique inclut les actes suivants : battre, brûler, porter des coups de pied, donner des coups de poing, mordre, mutiler ou tuer, utiliser des objets ou des armes. La violence physique est un acte avec pour intention ou conséquence la douleur et/ou une blessure physique. Comme dans toutes les formes de violence, l’objectif de l’auteur.e n’est pas – ou peut ne pas être – seulement de causer une souffrance physique, mais aussi de réduire la maîtrise de soi de l’autre.

Avec la violence physique, la personne qui agresse envoie un message clair à la victime : « Je peux te faire subir des choses que tu ne veux pas endurer. » Cette violence est l’expression d’inégalités de pouvoir social, ou de la volonté de faire valoir des revendications particulières, parfois de façon répétée, par la coercition. La violence physique dans les relations intimes, souvent appelée « violence domestique », reste un phénomène largement répandu au Cameroun et ailleurs.

La violence physique n’épargne pas les relations intimes des jeunes. Le fait qu’il. elle.s ne vivent peut-être pas ensemble ajoute souvent à la difficulté d’en parler.

2. Violence psychologique

Plus difficilement décelable, elle désigne tous les comportements « de menace, de dénigrement, de tromperies, de contrôle ayant pour effet de déstabiliser l’autre et de compromettre son bien-être.

Elle est la forme de violence la plus répandue. Elle fait partie des formes de violence les plus banalisées socialement, c’est-à-dire que plusieurs personnes considèrent qu’elle est moins grave et qu’elle entraine moins de conséquences pour les victimes.

Une relation positive apporte un sentiment de sécurité et la liberté d’être entièrement soi-même. La violence psychologique n’est pas banale, notamment puisqu’elle empêche cette sécurité et cette liberté en faisant sentir à la personne qu’elle n’est pas adéquate ou qu’on ne peut pas lui faire confiance.

Par exemple, il peut s’agir de :

  • Créer un état de déséquilibre intérieur chez la victime pour la déstabiliser ;
  • La remettre constamment en question ;
  • Imposer sa mauvaise humeur ou un climat de tension ;
  • Ridiculiser ses compétences et critiquer ses décisions ;
  • Responsabiliser la victime pour les difficultés du couple ;
  • Harcèlement, jalousie, surveillance, contrôle des activités, des fréquentations, des réseaux sociaux, des tenues vestimentaires
  • Tentative pour isoler et priver la victime de ses proches et de ses ami.e.s pouvant aller jusqu’à la séquestration ;
  • Nier ses perceptions et manipuler sa vision de la réalité (gaslighting) ;
  • Réinterpréter les événements de violence de façon à éviter que la victime ne puisse identifier la violence ;
  • Remettre sa santé mentale en question.

3. Violence spirituelle et identitaire

Comme toutes les autres formes de violence, la violence spirituelle et identitaire comprend une grande variété de comportements qui visent à gagner du pouvoir sur la victime et à la priver de sa liberté. La particularité de cette forme de violence est qu’elle cible le sens que la victime donne à sa vie : ses croyances, ses valeurs, ses rêves, ses buts personnels et ses aspirations.

Violence identitaire

La violence identitaire cible les points de repères de la victime et ses raisons de vivre, tels que :

  • Remettre en question ses valeurs profondes ;
  • Se moquer de ses rêves ;
  • Discréditer ou ridiculiser ses aspirations ou ses réalisations professionnelles ;
  • Nuire volontairement à la réalisation de ses rêves ou de ses projets ;
  • Imposer un mode de vie ;
  • Encourager des comportements autodestructeurs ou suicidaires ;
  • Etc.
Violence spirituelle

La violence spirituelle est une forme de violence identitaire qui cible principalement les croyances de la personne, qu’elles soient d’ordre spirituelles ou religieuses, telles que :

  • Dénigrer ou ridiculiser ses croyances ;
  • Empêcher ou forcer des activités liées à des croyances (faire la prière ou porter un signe religieux par exemple) ;
  • Empêcher de participer à des activités sociales liés à ses croyances (fréquenter un lieu de culte par exemple ;
  • Empêcher ou forcer de célébrer certaines fêtes ou d’observer certains rituels liés à des croyances religieuses ;
  • Imposer une façon de vivre en invoquant la religion ;
  • Utiliser les croyances d’une personne pour la manipuler et la contrôler ;
  • Imposer unilatéralement une identité religieuse aux enfants ;
  • Etc.

La violence spirituelle est également liée aux violences basées sur l’honneur, qui se produisent quand un agresseur punit une victime qui ne se soumet pas à des croyances spirituelles ou religieuses, et qui est perçue comme ayant porté atteinte à l’honneur du partenaire lui-même, ou plus largement à celui de sa famille ou de sa communauté.

Imposition de l’identité de l’agresseur

Graduellement, le partenaire violent va imposer SON identité, le sens que LUI donne à sa vie, SES valeurs, SES croyances (ou sa religion), SES projets et SES rêves à la victime. Avec le temps, l’identité de la victime va être substituée par celle de l’agresseur. Autrement dit, il va highjacker l’identité de la victime : il devient « SA » raison d’être. L’agresseur fait en sorte que la victime devienne un prolongement de lui-même, un moyen d’atteindre ses buts à lui. On le constate souvent quand on voit une victime s’investir dans la réalisation des projets ou entreprises de l’agresseur, ou encore adopter ses passe-temps, au détriment des siens. Elle peut aussi sacrifier des choses qui étaient auparavant très importantes pour elle, une carrière par exemple, au profit de celle de l’agresseur

La violence spirituelle et identitaire fait en sorte de priver la victime de repères essentiels pour s’orienter dans sa vie, un peu comme si on lui enlevait sa boussole intérieure. Cela peut lui donner l’impression qu’elle n’est rien sans son partenaire, parce qu’il s’est imposé comme repère. C’est sa boussole à lui qui guide sa vie à elle. La victime peut avoir l’impression qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut et ainsi grandement compliquer sa prise de décisions. La victime peut se sentir vide, perdue ou paniquée quand le partenaire est absent ou qu’il refuse de lui offrir la validation dont elle a besoin. Éventuellement, la violence spirituelle et identitaire va aussi nuire à la capacité de la victime à remettre en question la relation avec le partenaire.

Il est important de dire qu’une victime dont l’identité est fortement ciblée et envahie par son agresseur peut sembler à tort, souffrir d’une forme de dépendance envers lui. Il ne s’agit pas de dépendance, mais bien de de l’emprise que l’agresseur a sur elle.

4. Cyberviolence ou violence fondée sur le genre facilitée par la technologie

La violence facilitée par la technologie ou la violence fondée sur le genre facilitée par la technologie englobe les moyens par lesquels la technologie est utilisée pour perpétuer la violence et le harcèlement fondés sur le genre à l’égard des femmes, des filles et des personnes de diverses identités de genre. Cette violence prend diverses formes :

  • Utiliser des moyens technologiques pour maintenir ou amplifier l’emprise ;
  • Lire les échanges courriels ou textos privés de la victime ;
  • Filmer la victime à son insu ;
  • Suivre ses allées et venues via les fonctions de géolocalisation ;
  • Écouter ses conversations privées ;
  • La harceler par téléphone, par messages texte ou via les réseaux sociaux.

5. Violence sexuelle

La violence sexuelle inclut tout acte, geste ou parole reliés à la sexualité, que ce soit avec contact physique ou non, verbal ou psychologique, qui est fait/qu’on menace de faire/qu’on essaie de faire contre une personne sans son consentement, sans son accord. En plus de l’agression sexuelle, voici quelques exemples de violence sexuelle :

  • Faire du chantage sexuel (ex. : Si tu m’aimais vraiment, tu voudrais…)
  • Faire des menaces à l’autre pour la contraindre à avoir des pratiques sexuelles
  • Propager des rumeurs sur la sexualité d’une personne
  • Envoyer des photos nues sans la permission (ou envoyer des photos de personnes mineures)
  • Pratiquer le voyeurisme ou l’exhibitionnisme
  • Forcer une personne à écouter des films pornographiques
  • Insister et mettre de la pression sur son/sa partenaire pour arriver à ses fins sexuelles
  • Provoquer des contacts physiques non désirés comme se frotter sur l’autre
  • Demander des questions intimes pour rendre l’autre mal à l’aise
  • Poser des regards déplacés et insistants sur une autre personne
  • Faire des attouchements sexuels non désirés ou avoir une relation sexuelle non désirée
  • Restreindre son/sa partenaire à utiliser une contraception X, ou au contraire, l’obliger à ne pas en utiliser une.

6. Isolement

  • Contrôler l’environnement social, de façon à restreindre les contacts de la victime avec les personnes qui pourraient lui offrir du soutien ;
  • Faire subir un interrogatoire suite aux contacts ou aux sorties ;
  • Créer ou encourager des conflits avec les amis, les collègues ou la famille ;
  • Exprimer de la jalousie envers les proches ;
  • Imposer un déménagement loin de la famille et des amis ;
  • Interdir ou restreindre l’accès de la victime aux réseaux sociaux.

7. Violence économique

  • Restreindre l’accès aux ressources financières dans le but de limiter le pouvoir d’action de la victime ;
  • Contrôler les dépenses et la gestion financière ;
  • Voler de l’argent ;
  • Usurper l’identité de la victime ;
  • Limiter l’accès à l’information relative aux finances de la famille ;
  • Contrôler la vie professionnelle ou scolaire ;
  • Utiliser le pouvoir financier pour contraindre la victime à demeurer dans la relation.

III. Comprendre la mécanique des violences conjugales pour mieux protéger et prendre en charge les victimes : cycle de la violence, emprise...

Comprendre les stratégies des auteur.es de violence permet d’envisager la victime autrement : non plus comme une victime de violences conjugales mais comme l’instrument d’un fonctionnement complexe.

Les différents mécanismes d’adaptation au processus d’emprise permettent de comprendre puis d’accepter l’ambivalence qui habite ces femmes et qui déstabilise les professionnel.les. Par exemple, les décisions prises en période de crise sont réversibles : les démarches entreprises peuvent être abandonnées lorsque l’espoir renaît. Souvent, le souhait premier de la victime est que les violences s’arrêtent, et pas nécessairement de quitter le conjoint violent.

1. Le cycle de la violence

Lenore Walker, psychologue américaine, a conceptualisé en 1979 le cycle de la violence pour expliquer la répétition des violences conjugales et la difficulté pour les victimes de s’en extraire. Ce modèle met en évidence une dynamique en quatre phases récurrentes, où les tensions et les agressions se succèdent, créant un engrenage dans lequel la victime se retrouve piégée. Ce cycle de la violence permet donc d’analyser le caractère répétitif de l’agir chez l’auteur.e et de ce que ressent la victime, notamment en tentant de comprendre pourquoi ces couples restent ensemble durant des années parfois, malgré ce climat de violence cycliquement atteinte dans sa santé psychique, elle se sent incapable de s’en sortir :

La phase de tension

La première phase du cycle de la violence est celle de l’accumulation des tensions. Elle se caractérise par une montée progressive d’un climat conflictuel au sein du couple. L’auteur des violences devient de plus en plus irritable, exigeant et critique envers la victime, qui perçoit une atmosphère pesante et menaçante. Cette phase de tension peut prendre plusieurs formes : reproches, humiliations, colères, silences, disparitions, jalousie excessive, menaces, contrôles multiples (vêtements, sorties, cuisines, ménages, isolement…). De son côté, la victime tente généralement d’apaiser la situation en se conformant aux attentes de son partenaire, minimisant les conflits et adoptant une posture d’adaptation. Cependant, malgré ses efforts, l’agresseur trouve toujours un motif pour alimenter cette tension, rendant la confrontation inévitable.

La phase d’explosion ou de crise

La seconde phase correspond à l’épisode de violence proprement dit. Ces violences  sont elles aussi pluriformes : insultes, dénigrement, menaces avec ou sans arme et tout type de comportements faisant référence à la violence psychologique et verbale ; violences physiques et sexuelles (comme le jet d’objets sur la personne ou dans l’espace autour, la strangulation ou étranglement avec les mains ou avec un objet le permettant, les gifles, les coups, le viol et les agressions sexuelles) ; violences économiques et administratives, de sorte à priver la victime de ressources pour la maintenir sous contrôle et emprise, notamment pour qu’elle n’ait pas la possibilité de fuir, s’échapper, partir.

Ces tactiques du côté des auteur.es créent du côté des victimes un climat de peur, d’anxiété accrue, de colère, de tristesse, de honte. Ce processus peut créer chez la victime des conséquences post traumatiques ou renforcer celles déjà présentes si la victime a connu d’autres épisodes traumatiques dans sa vie.

La phase de justification

La 3ème phase est celle de la justification dans laquelle on retrouve les mécanismes de défense des auteurs : la minimisation ou encore l’inversion de responsabilité (c’est la faute de l’autre avec un renversement de la culpabilité). Les excuses sont variées et nombreuses et souvent externes.

Elles peuvent dissimuler chez les auteurs de la honte, une mauvaise estime de soi, de la colère, des frustrations, la peur d’être rejeté et abandonné, etc. La victime, bouleversée par l’épisode violent, peut espérer un réel changement et croire aux promesses de son partenaire. Cette phase de réconciliation renforce son attachement émotionnel et nourrit l’espoir d’une relation apaisée. Cependant, avec le temps, la tension recommence à s’accumuler, relançant le cycle de la violence.

La phase de lune de miel

La 4ème phase est appelée lune de miel, l’auteur cherche à se faire pardonner, demande de l’aide et parfois menace de se suicider. Chez la victime, cette phase produit de l’espoir, convoque à nouveau un sentiment d’apaisement et d’amour, et amplifie l’empathie pour aider l’autre partenaire à changer.

Au fil du temps, la phase de lune de miel finit souvent par disparaître au profit d’une dynamique d’agression de plus en plus chaotique.

Cet enchaînement cyclique vient se répéter et s’amplifier avec un nouveau cycle au cours duquel l’agresseur augmente sa violence et les accès de violence, ce qui met de plus en plus en danger la victime.

Les conséquences pour la victime sont nombreuses : peur, culpabilité, perte de l’estime de soi, troubles multiples du comportement, fatigue chronique, traumatisme psychique caractéristique.

Points de vue et ressentis de la victime et de l’auteur de violence conjugale

Le cycle de la violence conjugale : tension, agression, justification, réconciliation, avec le ressenti de la victime et de l’auteur·e

Sur ce visuel, le point de vue de la victime et de l’auteur.e est détaillé pour chacune des 4 phases du cycle. La victime est représentée par la couleur verte, l’auteur.e par la couleur rouge.

2. Comprendre la roue de puissance et de contrôle

Description de la roue :

La « roue du pouvoir et du contrôle » est un outil qui a été développé dans le cadre d’un programme d’intervention auprès d’hommes auteurs de violences domestiques au début des années 80, à Duluth, une petite communauté du nord du Minnesota. Au centre du cercle, est exprimé le véritable enjeu de la relation conjugale fonctionnant de manière violente. Il s’agit de « pouvoir et contrôle », car ce sont les véritables moteurs de la violence dans une relation abusive.

A la circonférence du cercle, les formes dures de violence qui portent atteinte au corps sont indiquées, à savoir la violence physique et sexuelle. Les rayons du cercle déclinent les principaux leviers de violence symbolique – intimidation, culpabilisation, dévalorisation, isolement, etc. – qui attaquent l’identité de la victime (sa représentation de soi), mais aussi son ancrage dans le monde (sa représentation de son milieu de vie et des relations sur lesquelles pouvoir compter).

Les types de violences décrites dans la roue :

  • Violence psychologique (dévalorisations, menaces, isolement…)
  • Violence verbale (insultes, humiliations…)
  • Violence économique (contrôle de l’argent, interdiction de travailler…)
  • Violence sexuelle (relations forcées, chantage sexuel…)
  • Violence physique (coups, bousculades…)
  • Violence sociale (interdiction de voir sa famille ou ses amis…)
  • Violence administrative (confiscation de papiers, manipulation pour les étrangers…)
  • Violence parentale (utilisation des enfants pour faire pression…)

La structure de cette roue place le pouvoir et le contrôle au centre, entourés de huit sections clés qui représentent les tactiques de l’agresseur :

Les 8 tactiques de contrôle

  • Intimidation : Utilisation de regards, de gestes ou de cris pour effrayer. Cela inclut le bris d’objets, la destruction de biens ou les menaces implicites.
  • Isolement : Contrôle des fréquentations, des activités et des déplacements de la victime. Cela consiste à l’éloigner de ses amis et de sa famille.
  • Utilisation des enfants : Culpabilisation liée aux enfants, menaces de les enlever ou utilisation des droits de visite pour harceler l’autre parent.
  • Minimisation, déni et rejet de la faute : Dévalorisation de la gravité des actes, rejet de la responsabilité sur la victime (« tu l’as bien cherché ») ou refus d’admettre la violence.
  • Utilisation de la coercition et des menaces : Menaces directes ou indirectes de blesser, de quitter la victime, de se suicider ou de la forcer à accomplir des actes illégaux.
  • Intimidation économique : Restriction de l’accès à l’argent, interdiction de travailler ou confiscation des salaires pour empêcher toute autonomie financière.
  • Utilisation des privilèges : Traiter la victime comme une domestique, imposer les rôles traditionnels selon le genre ou prendre unilatéralement toutes les décisions importantes du couple.
  • Abus émotionnels et psychologiques : Insultes, rabaissement quotidien, humiliation publique ou jeux de manipulation mentale pour détruire l’estime de soi de la victime.
Pourquoi cette représentation schématique de la dynamique de violence conjugale est utile ?

Cette représentation schématique de la dynamique de violence conjugale rend visibles plusieurs de ses enjeux qui peuvent permettre une prise de conscience de son mode de fonctionnement :

l’enjeu de la pluralité des formes de violence et de leur apparence contrastée : certaines très manifestes et incontestables (violence portant atteinte au corps), d’autres beaucoup plus ambiguës et difficilement repérables, qui renvoient à la manière d’interpréter ce qui se passe au sein du couple ;

l’enjeu du lien entre ces différentes formes de violence : certaines peuvent apparaître à l’observateur extérieur ou même à la victime comme disparates et/ou relativement anodines, alors qu’elles sont en réalité significatives parce que liées entre elles, toutes visant le même objectif.

Le schéma peut également faire l’objet d’une lecture chronologique, mettant en évidence que la dynamique de violence s’instaure la plupart du temps d’abord par de la violence psychologique, d’autant plus opérante qu’elle n’est pas manifeste.

La violence psychologique repose sur une connaissance intime des points de sensibilité du conjoint et peut ne pas apparaître comme une agression, ni pour un observateur extérieur, ni même parfois clairement pour le conjoint.

Ainsi, la victime pourra éprouver une difficulté à se défendre, à affirmer des limites, se sentir confuse ou même, apparaître aux yeux de l’observateur extérieur comme ayant une réaction déplacée ou disproportionnée. C’est non seulement l’image qu’elle pourra livrer à son entourage qui est en jeu, c’est-à-dire l’image qui conditionne en bonne partie le secours qu’elle pourra y trouver, mais aussi son rapport à elle-même.

En somme, cette représentation schématique est utile :

  • Pour mettre des mots sur ce que vit une victime,
  • Pour ouvrir les yeux sur des formes de violence banalisées,
  • Pour encourager à chercher de l’aide,
  • Pour aider les professionnels de santé, du social ou de la justice à mieux accompagner les victimes.
La roue du pouvoir et du contrôle : huit tactiques de contrôle autour de la violence physique et sexuelle

Source : Adaptation de la version élaborée par le Domestic Abuse Intervention Project, Duluth, Minnesota, https://www.theduluthmodel.org/

3. Comprendre l’emprise : mise en place et stratégie des auteurs

L'emprise conjugale traduit, d’une part, un processus progressif et pernicieux, et, d'autre part, un état, celui dans lequel la victime reste exécutée pendant des semaines, des mois, voire des années. La relation est asymétrique, l'auteur a un ascendant psychologique patent sur la victime. Selon Roger Dorey, l’emprise conjugale suit un processus progressif en trois étapes : (i) l’appropriation, (ii) la dépossession et (iii) la domination et la soumission.

i-Appropriation : la séduction

La phase d'appropriation correspond au début de la relation au cours duquel l’auteur de l’emprise met en place une stratégie de séduction intense, connue sous le nom de love bombing (Margaret Singer, 2003).

Il inonde la victime d’attention, de gestes affectueux et de flatteries. Il se montre extrêmement présent par des messages, appels et surinvestissement émotionnel, prenant une place centrale dans sa vie. La passion ressentie peut devenir obsessionnelle, toute l’énergie de la victime est centrée sur la relation au détriment d’autres aspects de sa vie. La victime commence à vivre à travers lui.

Cette phase idyllique peut durer plusieurs mois voire des années, instaurant une relation de confiance et de dépendance affective. C’est une des raisons pour lesquelles la victime ne part pas dès la première violence. En s’éloignant elle risque de s’exposer à un sentiment d’insécurité et de vide.

Puis, progressivement, l’auteur adopte un comportement ambivalent, alternant entre chaleur et froideur, ce qui déstabilise la victime. Par exemple, il peut commencer à se montrer plus distant sans raison apparente. Cela apporte de la confusion pour la victime qui, ne trouvant pas d’explication derrière ces comportements, rejette la faute sur elle et commence à se sentir coupable. Elle surinvestit alors psychiquement la relation pour retrouver l’idéal du début et tenter de comprendre les changements de comportement de son partenaire. Elle s’enfonce dans l’emprise et la dépendance à l’autre.

ii-Dépossession : la perte de soi

À mesure que la relation évolue, la victime modifie son comportement pour éviter les réactions négatives de l’auteur, telles que des remarques blessantes ou des accès d’agressivité. Elle s’adapte progressivement aux exigences de l’agresseur, souvent sans en avoir pleinement conscience.

Cette phase se traduit par une perte progressive de spontanéité, d’authenticité et de libre-arbitre. La victime :

  • Se conforme aux attentes de l’auteur.
  • Perd son sentiment de soi, ses valeurs et son identité en se sentant étrangère à elle-même.
  • Change d’opinion et de perception du monde sous l’influence de l’agresseur qui lui impose sa vision des choses et tente de la convaincre d'adhérer à ses idées.
  • Prend des décisions qui ne sont plus les siennes, mais imposées par l’autre, sans en avoir conscience
  • Se déconnecte de ses besoins et ne plus les exprimer, l’agresseur les ayant totalement niés.
  • Est isolé de son entourage par l’auteur. Elle finit par progressivement rompre certains liens en ayant le sentiment que c’est elle qui a pris ces décisions et non l’agresseur.

L’isolement s’installe : l’auteur contrôle les fréquentations, les activités et les opinions de la victime. De plus, elle peut souffrir de troubles cognitifs temporaires (problèmes de mémoire, perte de repères spatio-temporels, baisse des capacités réflexives) causés par un stress émotionnel et une angoisse prolongée.

La déposition maintient la victime dans un état de dépendance extrême à plusieurs niveaux : affectif, intellectuel et parfois financier.

iii-Domination et soumission : le contrôle coercitif total

À ce stade, l’auteur met en place un contrôle coercitif soit un ensemble d’actes de contrôle dans l’objectif de soumettre la victime. Il impose sa volonté et ses exigences sur tous les aspects de sa vie :

  • Relations sociales et familiales : isolement total de la victime.
  • Vie professionnelle : contrôle, voire interdiction de travailler.
  • Apparence physique : exigences sur les vêtements, la coiffure, le poids.
  • Finances : contrôle des dépenses.
  • Les réseaux sociaux ou autres vecteurs de communication : surveillance stricte, confiscation du téléphone, possession de ses mots de passe.

Une pression psychologique et physique est ainsi exercée sur la victime. Le discours de l’agresseur devient de plus en plus dévalorisant, humiliant et insultant parfois pour des choses anodines du quotidien comme la préparation d'un repas. Par exemple, l’agresseur peut dire des phrases comme :

  • « Tu es bête »  (remise en question de l’intelligence de la victime) ;
  • « Tu es grosse, dis donc. Ça va la grosse ? » (sur le physique) ;
  • « Tu es une mauvaise mère » (sur le statut).

Ces critiques peuvent s’appuyer sur les complexes et insécurités de la victime. Elles peuvent être aussi subtiles et déguisées en bonnes intentions ou en blagues « c’est pour ton bien que je dise ça », « oh ! Mais je rigole ». Cela peut alors rendre plus difficile pour la victime de réaliser l'aspect malveillant de ces remarques.

Les stratégies de manipulation et d’inversion de la responsabilité, font culpabiliser la victime qui n’a plus confiance en son propre jugement. Par exemple, en cas d’infidélité, l’agresseur peut accuser la victime de ne pas avoir assez confiance en lui ou de justifier son comportement par des prétendues défaillances de la victime : « si t’as pas confiance en moi, c’est pas mon problème », « tu es complètement folle, qu’est-ce que tu vas t’imaginer ? », « comment veut la faisant culpabiliser pour ses propres violences » « comment veux-tu qu’on discute si tu me parles sur ce ton », « je t’avais dit que tu prenais du poids et que j’aimais pas ça, et après tu fais l’étonnée », « au moins, elle, elle ne me fait pas chier ». La faute est en permanence retournée contre la victime.

Enfin, la victime est maintenue sous emprise par des menaces directes (violence physique et sexuelle, chantage au suicide, exposition de sa vie privée et de leur sexualité).

L’objectif est d’instaurer un climat de peur et de terreur qui permet de briser toute résistance et de garantir une obéissance totale. Par exemple, concernant le chantage au suicide, il peut dire « Si tu me quittes, je ne pourrai pas vivre sans toi. Je vais mettre fin à mes jours » ou bien « Tu es la seule raison pour laquelle je vis, si tu pars, je n’aurai plus aucune raison de continuer ».

En se présentant comme incapable de survivre sans la relation, l’agresseur renverse la culpabilité et place la victime dans une position de "sauveuse". Cette menace, qui survient souvent lorsque la victime envisage de partir, renforce son sentiment de responsabilité et retarde la rupture. Elle s’inscrit ainsi dans la modulation de l’emprise, où l’agresseur ajuste son contrôle en fonction des résistances de la victime.

Les mécanismes de l’emprise définis par Dorey permettent de comprendre comment l’auteur des violences instaure un contrôle progressif sur sa victime, altérant sa perception de la réalité et réduisant peu à peu sa capacité à s’opposer. Toutefois, cette emprise ne se manifeste pas de manière linéaire ; elle s’inscrit dans une dynamique répétitive où alternent tensions, violences et périodes d’accalmie.

IV. Les effets et les conséquences de la violence sur la victime

Quelle que soit la forme des violences exercées par un auteur, on retrouve toujours des caractéristiques semblables dans la stratégie mise en place pour instaurer l’emprise et la domination sur la victime.

Les stratégies de l’auteur·eLes effets sur la victime
IsolerSolitude
Dévaloriser et humilierPerte de l’estime de soi
Inverser la culpabilitéSentiment de culpabilité
Entretenir un sentiment de confusionDoute des perceptions
Instaurer un climat d’insécuritéPeur et stress

La violence dans les relations amoureuses a des impacts négatifs sur le bien-être physique et psychologique entraînant des conséquences gravess sur la santé des victimes.

Conséquences sur la santé physique
  • Traumatismes physiques immédiats (ecchymoses, brûlures, fractures…)
  • Blessures plus graves susceptibles D’entraîner des incapacités
  • Troubles digestifs (douleurs abdominales)
  • Troubles gynécologiques
  • Douleurs chroniques inexpliquées (maux de tête, lombalgie)
Conséquences sur la santé mentale
  • État de stress post-traumatique
  • Dépression et perte d’estime de soi
  • Idées suicidaires ou tentatives de suicide
  • Troubles alimentaires (boulimie, anorexie)
  • Automutilation
  • Addictions
  • Troubles du sommeil
  • Sentiment de honte, culpabilité
  • Comportements hypersexualisés
Conséquences sur la vie sociale et professionnelle
  • Baisse des résultats scolaires
  • Absentéisme
  • Perte de l’emploi
  • Repli sur soi
  • Retrait de la vie sociale

La rupture évolutive : pourquoi une victime de violences conjugales revient-elle auprès de son partenaire violent après avoir réussi à le quitter ?

La majorité des ruptures définitives en cas de violence par partenaires intimes se font en plusieurs étapes : c’est ce qu’on appelle "la rupture évolutive".

En effet, la rupture se réalise à travers une succession de départs et de retours, de séparations et de réconciliations. Ce mode de rupture, très fréquent pour se libérer d’un conjoint violent, provoque souvent l’incompréhension des proches de la victime et de la société.

Des allers et retours au profit d’expériences constructives

Ces ruptures par étapes donnent à la victime l’occasion de tester d’une part ses ressources propres : une amie qui peut l’héberger, la possibilité d’être autonome financièrement, ... et d’autre part les ressources extérieures telles que le réseau associatif, une assistance juridique ou psychologique.

Quitter un partenaire violent peut être un signal d’alarme

Une femme victime de violences conjugales quitte parfois son partenaire pour lui faire prendre conscience des violences qu’il lui fait subir et du fait qu’elle ne les accepte plus.

De plus, beaucoup de femmes victimes de violences souhaitent avant tout la fin des violences et pas la fin de la relation. En effet, souvent elles restent attachée à leur partenaire, elles se rappellent les moments heureux du tout début de la relation. Les femmes victimes sont souvent sous l’emprise de leur partenaire, elles pensent qu’elles ne seront pas capables de se débrouiller seules ou que personne ne pourra les aimer à nouveau, etc.

Éviter tout jugement négatif sur les départs et retours répétitifs de la victime

Si l’entourage de la victime porte un jugement négatif sur ces départs et retours répétitifs, elle risque de penser qu’elle n’arrive jamais à rien, ce qui conforterait son sentiment d’incapacité. Résultat : elle risquerait d’accepter de rester dans la violence et perdraient l’espoir de vivre une vie digne.

Pour les proches, il est donc important de valoriser ces différentes tentatives et de faire passer à la victime les messages suivants :

  • La rupture évolutive est un phénomène normal et commun
  • Les retours au foyer ne doivent pas être considérés comme des échecs mais comme des étapes d’un processus en évolution.

Comment le partenaire violent justifie ses violences physiques ?

En cas de violence physique dans une situation de violence conjugale, le partenaire violent va tenter de faire croire que c’était un « dérapage », un accident qui ne se reproduira plus.

Les violences les plus graves ont généralement lieu dans l’intimité du domicile. L’entourage n’en est donc pas témoin.

Mais en dehors des agressions physiques, d’autres moments montrent que le couple est dans une dynamique de violences par partenaires.

Pour effacer sa responsabilité, le partenaire violent va utiliser différentes stratégies d’arguments.

Le déni :

  • « Ce n’est pas ce qui s’est passé »
  • « Tes souvenirs sont faux »
  • « Tu interprètes toujours tout de travers »
  • « Tu vois le mal partout »

La banalisation des paroles ou du geste posé :

  • « Ce n’est pas si grave »
  • « Tu exagères toujours »
  • « Tu es trop sensible »

Le retournement de la responsabilité :

  • « C’est toi qui m’as provoqué »
  • « Tu sais bien comment je suis, faut pas me chercher »
  • « Je suis quelqu’un de pulsionnel »

La normalisation :

  • « Les hommes sont comme ça »
  • « Quand on est marié, les femmes doivent... »
  • « C’est normal d’être jaloux »

L’accusation de l’anormalité de l’autre :

  • « Tu es complètement folle »
  • « Tu es hystérique »
  • « Tu vas finir en hôpital psychiatrique »

Des excuses momentanées :

  • « C’est parce que j’avais bu »
  • « C’est une mauvaise période »
  • « J’ai des problèmes au travail »
  • « Je suis stressé car j’ai des dettes et je ne sais pas les rembourser »

La victimisation :

  • « C’est à cause de mon enfance malheureuse »
  • « C’est parce que je n’ai jamais eu personne qui m’aimait assez fort »
  • « C’est à cause de mes problèmes de santé »

La modification des souvenirs :

  • « Ça ne s’est pas passé comme tu dis »
  • « Tu inventes n’importe quoi »
  • « Tu as des problèmes de mémoire, je m’inquiéterais à ta place »

V. Les signes avertisseurs d’une relation de violence

Quels comportements du partenaire sont des signaux d’alerte ?

Vivre plusieurs des situations décrites ici signifie sans doute qu’il y a des violences conjugales.

1. Le partenaire crée de l’isolement

Depuis le début de la vie en couple, un des deux partenaires voit de moins en moins son entourage, ses amis, ses amies, sa famille…

Pourquoi ? Parce que l’autre partenaire a fait pression pour qu’elle les fréquente moins ou même pour qu’elle ne les fréquente plus du tout.

Pour la convaincre, il a utilisé différents types d’arguments :

  • « Ce n’est pas de vraies amies »
  • « Ils ne t’aiment pas comme moi »
  • « Tous, ils profitent de toi »
  • Résultat : La partenaire se sent seule et n’a peut-être plus personne à qui se confier.
2. Le partenaire s’énerve facilement quand il est contrarié ou quand il n’obtient pas ce qu’il veut

Parce qu’il est menaçant si on le contredit, la partenaire décide de se taire ou de toujours aller dans le sens du partenaire menaçant.

3. Un des deux partenaires exerce très souvent un fort contrôle sur l’autre

Voici comment ce contrôle se traduit. Il ou elle :

  • exige qu’on lui dise où l’on va
  • envoie un très grand nombre de SMS
  • exige d’avoir la position géolocalisée de sa partenaire
  • doit connaitre les mots de passe des réseaux sociaux de sa partenaire
  • contrôle qui suit et like les publications de sa partenaire
  • dit à l’autre partenaire quels vêtements ne plus mettre ou de ne plus se maquiller
  • écoute les communications téléphoniques de son ou de sa partenaire
  • vient voir sa partenaire à l’improviste sur son lieu de travail
  • surveille les dépenses de l’autre partenaire
  • veut savoir précisément comment l’autre partenaire dépense son argent.
4. Un des deux partenaires est jaloux (ou jalouse) et accuse l’autre de toujours vouloir séduire d’autres personnes

Un des deux partenaires vérifie constamment si l’autre a eu ou envisage d’avoir des contacts amoureux avec d’autres personnes.

Le partenaire jaloux accuse l’autre d’être en permanence dans la séduction. Ce sentiment de jalousie ne se base sur rien. Il sert juste un prétexte pour plus contrôler la partenaire.

Rien que le regard d’une autre personne le contrarie et il s’imagine toutes sortes de scénarios.

C’est souvent un motif de justification de ses comportements de contrôle, agressifs et violents.

Le partenaire jaloux dit peut-être qu’il a confiance en sa partenaire mais que c’est dans les autres personnes qu’il n’a pas confiance. Comme si on n’avait aucune volonté propre.

5. Un des deux partenaires critique régulièrement l’autre

Il ou elle critique l’autre partenaire par rapport à son physique, son intelligence, sa façon de parler, ses croyances, la manière d’élever les enfants ou encore de faire le ménage.

À force d’entendre ces critiques, on commence à perdre confiance en soi et en ses capacités.

On va alors adapter son comportement et faire attention à toutes ses paroles pour tenter d’éviter la mauvaise humeur et l’énervement de son (ou de sa) partenaire.

Parfois, cela fonctionne et on a l’impression d’arriver à gérer. Parfois la violence arrive brusquement, sans que l’on sache pourquoi.

6. Un des deux partenaires humilie et insulte souvent l’autre

Un des deux partenaires dit à l’autre des choses méchantes qui tournent parfois longtemps dans la tête.  Il ou elle est méprisant·e, parfois devant l’entourage ou devant les enfants. À force, on commence à croire que le partenaire humiliant a raison et que l’on ne vaut rien. On se voit comme une personne nulle et incapable, on commence même à croire d’avoir de la chance d’être aimée par une personne comme lui ou elle.

7. Un des deux partenaires oblige l’autre à faire certaines choses non désirées

Même si on n’aime pas ça, on va se forcer à faire certaines choses pour éviter de contrarier le partenaire exigeant. Quelle sorte de choses ? Garder le silence, faire les tâches ménagères d’une manière très précise, faire des achats chers et inutiles, changer sa manière d’éduquer les enfants (trop sévère ou au contraire pas assez strict), avoir des pratiques sexuelles non désirées, regarder des films porno, etc.

8. Un des deux partenaires empêche l’autre de faire certaines choses qu’il ou elle souhaiterait faire

Par exemple, on ne va pas pouvoir se maquiller, porter certains vêtements, sortir seule, avoir des loisirs, aller travailler, consulter un médecin, etc.

Ces interdictions peuvent aussi concerner les enfants : on ne peut pas consoler son enfant, lui donner à manger, aller le coucher ou le sortir du lit.

On craint toujours sa réaction si on n’obéit pas à ces exigences.

9. La gestion de l’argent est problématique

Les décisions concernant les dépenses sont prises par un seul des deux partenaires : il dépense l’argent du ménage ce qui empêche de payer les frais importants, il emprunte de grosses sommes d’argent à sa partenaire, il fait des dettes au nom de l’autre partenaire.

10. Un des deux partenaires menace l’autre

De quelles menaces s’agit-il ?

  • De faire du mal à l’autre partenaire,
  • s’en prendre aux enfants,
  • tuer ses animaux de compagnie,
  • se suicider et l’autre partenaire en serait le ou la responsable, etc.
  • Quoi qu’on fasse, on se sent prise au piège.

VI. Agir face à une dynamique de violence par (ex)partenaires intimes

A. Que faire si l’on vit de la violence conjugale

Sachez que vous n’êtes pas seule. La priorité est de briser le silence sur ce que vous vivez et l’isolement. Parler de ce qu’il se passe au sein du couple avec les bonnes personnes permet de faire un grand pas en avant. Maintenir le lien avec des personnes de confiance aide à se sentir mieux et à faciliter un départ, si c’est ce que vous envisagez.

S’il s’agit d’une situation d’urgence, appelez les numéros d’urgence suivants :

1. Urgence / aide immédiate

En cas de danger immédiat, contacter les services d’urgence. En attendant leur arrivée, s’éloigner si possible de la personne violente. Prévenir une personne de confiance. Conserver des preuves si cela ne met pas davantage en danger (notamment enregistrements audios, vidéos, photos).

Composez :

117Numéro d’appel pour joindre la police
113Numéro d’appel pour joindre la gendarmerie
118Numéro d’appel pour joindre les pompiers
119Numéro spécifique aux urgences médicales, qui permet de joindre 24h/24 le service d’aide médicale urgente (SAMU).
2. Auto-test

Face au doute, à l’emprise ou à la banalisation des comportements toxiques, il est souvent difficile de poser des mots précis sur ce que l’on subit. Nos auto-tests et outils d’auto-évaluation (comme le violentomètre) constituent de véritables boussoles pour identifier les signaux d’alerte, mesurer le degré de gravité d’une relation et sortir de l’isolement.

  • Objectiver le vécu : Mettre en lumière des dynamiques d’emprise, de contrôle, de pressions psychologiques ou de non-consentement souvent banalisées.
  • Provoquer un déclic : Aider à réaliser que la situation ne relève pas de simples « disputes » mais bien de violences inacceptables.
  • Encourager l’action : Offrir un premier repère neutre pour évaluer le niveau de danger et amorcer une démarche vers un accompagnement adapté.
3. Aidgbv.chat

Aidgbv.chat est un chatbot IA qui offre un moyen sûr et accessible d’identifier les abus, d’explorer les options disponibles et de documenter en toute sécurité les informations importantes. Conçue pour fournir des conseils, des ressources et un soutien, Aidgbv.chat aide à traverser les situations difficiles avec bienveillance et confidentialité. Cliquez ici : (venir)

4. Carte de services

Vous pouvez consulter la carte des services destinée à mieux orienter et répondre aux besoins des victimes de violences de genre sur le territoire camerounais. Elle est accessible sur la plateforme numérique : https://aidgbv.org/ et sur AidGBV-app.

5. Conseil en ligne

Lien : https://aidgbv.org/ligne_ecoute

6. Solen

Rejoindre une communauté de soutien

Rompre l’isolement est un premier pas fondamental. « Solen » vous accueillent au sein d’une communauté-refuge solidaire, disponible 24h/24 et 7j/7, entièrement fondée sur l’entraide entre victimes de violences sexistes : https://www.creai-vbg.org/solen.php

B. Que faire si l’on connait la victime ?

Il est normal de ne pas toujours savoir quoi dire à une victime de violence conjugale. Il peut être difficile de savoir comment réagir à sa souffrance, à son ambivalence ou à son sentiment d’impuissance.

Voici quelques repères utiles pour soutenir une victime de violence conjugale :

  • Avoir une écoute empathique, sans aucun jugement ;
  • Tenter de comprendre ses peurs, ses doutes, sa culpabilité ou sa honte ; éviter de la blâmer ou de la juger ;
  • L’aider à exprimer ce qu’elle ressent en validant et en considérant comme normales ses réactions, ses émotions et ses sentiments ;
  • Rompre son isolement et maintenir un lien avec elle, même si l’agresseur fait tout pour l’isoler. Ne pas parler contre l’agresseur ;
  • En tout temps, respecter ses choix et son rythme. Lui donner le temps de prendre ses propres décisions ;
  • L’informer et l’aider à trouver des ressources si elle le demande.

En tant que proche, vous pouvez ressentir de la colère, de la confusion et de la frustration. N’hésitez pas à communiquer avec une maison d’aide et d’hébergement. Les intervenantes peuvent vous aider, vous conseiller et vous soutenir.

C. Que faire si l’on connait l’agresseur ?

Si vous êtes proche de l’agresseur, et que vous exercez une certaine influence sur lui, vous pouvez, lorsque le contexte est suffisamment sécuritaire :

  • Affirmer que la violence est inadmissible et que personne ne mérite d’en subir, peu importe qui elle est, ce qu’elle dit ou ce qu’elle fait ;
  • Refuser les justifications de sa violence ;
  • Lui faire savoir que ses comportements violents et contrôlants ne sont pas acceptables, que la société ne les tolère pas et qu’ils peuvent faire l’objet d’accusations criminelles ;

L’informer des ressources existantes pour les hommes ayant des comportements violents, notamment le Centre de Recherche, d’Education et d’Action Intégrée contre les Violences Basées sur le genre ( https://www.creai-vbg.org ) .

D. Éviter de réagir à la violence conjugale comme si c’était seulement une chicane de couple

La dynamique de violence conjugale implique nécessairement un rapport de pouvoir. La victime ne se sent pas libre de dire ce qu’elle pense par crainte des représailles. Il est donc fortement déconseillé d’encourager le couple à discuter ensemble, d’entamer une thérapie de couple ou une médiation. Cela envoie à la victime le faux message qu’elle est sur un pied d’égalité avec son partenaire violent, et que ce dernier est disposé à discuter et à négocier pour trouver une solution. En réalité, il pourrait même profiter de l’occasion pour en apprendre davantage sur ses peurs et les utiliser contre elle pour maintenir son contrôle et son pouvoir.

E. Éviter de confondre l’agresseur et la victime

Il arrive parfois que la victime réagisse et se défende : on parle alors de violence de résistance. L’agresseur peut profiter de la réaction de la victime pour l’utiliser contre elle, allant même jusqu’à porter plainte. Il en résulte une confusion de la part de la victime, qui peut parfois se sentir impuissante ou même responsable de la situation. En outre, l’agresseur est encore plus enclin à croire qu’il est « au-dessus de la loi », car sa propre violence a trop souvent peu de conséquences pour lui. Et il pourrait même se retrouver protégé et cautionné en étant perçu comme la victime.

Conclusion : Il est temps d’en finir avec la violence dans les relations entre partenaires intimes

La violence conjugale est une question complexe dont la résolution s’inscrit dans un projet de société qui concerne tout le monde. Pour y remédier, la société doit d’abord continuer à remettre en question les valeurs qui encouragent implicitement la domination des femmes par les hommes. Nous devons également maximiser nos efforts collectifs avec l’ensemble des organismes et des institutions qui interviennent auprès des victimes et des auteurs de violence pour dénoncer et contrer la violence conjugale, et lever tous les obstacles qui se dressent encore sur le chemin des femmes et des enfants qui tentent d’y échapper. Cette concertation intersectorielle permettra de mieux répondre aux besoins des victimes et de renforcer le filet de sécurité pour toutes les personnes impliquées dans des situations de violence conjugale.

Références

SOS Violences Conjugales, « 6 formes de violence conjugale post-séparation », https://sosviolenceconjugale.ca/fr/articles/6-formes-de-violence-conjugale-post-separation.

Stop Violence femme, « Violences par (ex-)partenaires », https://stop-violences-femmes.be/formes-de-violence/violence-par-ex-partenaires/proche-ou-temoin.

Declic Violence, « La mécanique des violences conjugales : cycle de la violence, emprise... », https://declicviolence.fr/p/la-mecanique-des-violences-conjugales.

Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale (RMFVVC). (2024). Et si c’était plus qu’un conflit de couple ? Des repères pour différencier la violence conjugale du conflit de couple. Quebec (2e édition revue et augmentée 2024).

Laure Durand, L. et Iqraa Nooraully, I. (2025). Emprise ou Contrôle Coercitif. In Centre d’aide aux victimes d’agressions de caractère sexuel (CRIAS). 5 novembre. https://cavacs-france.com/articles/Emprise-ou-Controle-Coercitif.

Fédération régionale des centres d’information sur les droits des femmes et des familles-Centre Val de Loire, Livret de sensibilisation : les violences dans les relations amoureuses, Orléans.

Saverio Tomasella, Barbara Ann Huber, L’emprise affective. Sortir de sa prison, Paris, Eyrolles, 2014.

Écoute Violences Conjugales, «Le cycle de la violence conjugale »,  https://www.ecouteviolencesconjugales.be/pourquoi-appeler/victime/cycle-de-la-violence/.

Daligand, L. (2021). Emprise dans les violences conjugales et la maltraitance infantile. Journal du Droit de la Sante et de l’Assurance-Maladie (JDSAM) 30 (3), 49-52.

Daligand L. (2012). Emprise et violence dans le couple, in Le traumatisme dans tous ses éclats. Clinique du traumatisme. Sous la direction de Tovmassian L. et Bentata H., Editions inPress, Collection Explorations Psychanalytiques, 2012.

Daligand L. (2021). Emprise et expertises, in L’emprise et les violences au sein du couple, sous la direction d’Isabelle Rome et Eric Martinent, Dalloz, 2021.

Domestic Abuse Intervention Project, Duluth, Minnesota, “Wheel”, https://www.theduluthmodel.org/wheels/.

Guide 2 sur 9

Violences conjugales : déconstruire les doutes fréquents

« Il n’a pas toujours été comme ça », « C’est peut-être moi le problème » : comprendre pour reconnaître, agir et se faire aider.

Objectifs de ce guide

Ce guide s’adresse à toute personne qui se questionne sur sa relation de couple, ainsi qu'à son entourage. Il vise à :

  • Aider à distinguer un conflit de couple normal d'une situation de violence conjugale.
  • Déconstruire les idées reçues et les doutes qui empêchent souvent de reconnaître une situation de violence.
  • Expliquer le mécanisme et le cycle de la violence conjugale, pour mieux le repérer.
  • Rappeler qu'une victime n'est jamais responsable des violences qu'elle subit.
  • Encourager et faciliter la démarche de recherche d'aide.

1. Conflit de couple ou violence conjugale ?

Il est essentiel de faire la différence entre les deux :

Les conflits de couple sont normaux. Ils viennent du fait que les deux partenaires ne sont pas toujours d'accord sur certains sujets. Chacun peut donner son avis, et les décisions résultent de compromis : c'est une relation égalitaire.

Les violences conjugales se caractérisent par la domination d’un partenaire sur l’autre. La relation n’est pas égalitaire : l’un prend le pouvoir sur l'autre afin de la dominer, la contrôler et la rendre dépendante de lui.

2. Déconstruire les doutes fréquents

« Il n’a pas toujours été comme ça, il peut être très attentionné »

Un(e) partenaire violent(e) prend généralement le pouvoir en étant très impliqué(e) dans la relation. Il s’agit souvent d'une personne manipulatrice qui parvient à tromper son entourage. Il ou elle peut passer pour le ou la partenaire idéal(e) : très attentionné(e), prêt(e) à aider, très vite amoureux(se).

Ce sont en réalité des stratégies pour prendre le contrôle de façon lente et progressive : isoler sa partenaire, la faire douter d'elle-même, lui faire perdre confiance en elle, jusqu'à ce qu’elle devienne dépendante de lui.

« Il est si gentil avec tous les autres, ça doit être moi le problème »

Ce n’est en aucun cas votre faute. Rien ne justifie ni n'excuse les violences. En dehors de la relation de couple, les auteurs de violences conjugales apparaissent souvent comme des personnes aimables, généreuses, voire respectueuses. Cela ne reflète pas qui ils sont réellement dans leur relation intime : ils manipulent leur entourage, et sont particulièrement doués pour cela.

« Ce n’est pas la première fois que j’ai un partenaire violent, je dois avoir un problème »

Ce n’est absolument pas à cause de vous. Ces comportements sont très présents dans notre société : une femme sur trois est confrontée aux violences conjugales au cours de sa vie. Cela signifie que beaucoup d'hommes commettent des violences conjugales au cours de leur vie.

« Je me sens responsable de ses violences »

Vous n’êtes pas responsable. Quelles que soient ses justifications, votre partenaire ou ex-partenaire est le seul responsable des violences qu'il vous fait subir. Ses actes sont interdits et punis par la loi.

3. Il s’est excusé et se montre attentionné : a-t-il changé ?

Malheureusement, il est peu probable que votre partenaire ait changé. Les violences conjugales surviennent souvent par cycles, au sein desquels quatre phases se succèdent à un rythme variable. Chacune de ces phases permet d’accroître le contrôle sur la victime.

1. Climat de tension
Le partenaire est de plus en plus impatient, intolérant, agressif. Un climat de tension et de peur s'installe dans le couple. La victime craint l'explosion de la violence et cherche à répondre à ses besoins.
2. Crise
Le partenaire cherche à affirmer son pouvoir. Il adopte des stratégies pour contrôler, blesser, humilier. La victime adopte différentes stratégies de protection.
3. Justification
Le partenaire justifie ses agressions par des raisons extérieures. Il minimise la gravité des faits et cherche à se faire légitimer. La victime finit par se croire responsable de la crise.
4. Accalmie
Le partenaire veut regagner la confiance ; les violences diminuent ou disparaissent. Il se montre attentionné, parfois vulnérable. La victime retrouve l'espoir, au risque de diminuer ses propres attentes.

4. « Mes comportements déclenchent ses violences » : vrai ou faux ?

Vous n'êtes pas responsable. Quelles que soient ses justifications, votre partenaire ou ex-partenaire est le seul responsable des violences qu'il vous fait subir. Ses actes sont interdits et punis par la loi.

Malheureusement, les violences conjugales sont fréquentes : une femme sur trois est confrontée aux violences conjugales au cours de sa vie, et une sur trois sera victime d'au moins une forme de violences masculines.

5. Se faire aider

Parler de sa situation à une personne de confiance, à un(e) professionnel(le) de santé, à un service social ou à une association est une première étape importante. Demander de l'aide n'est pas un échec : c'est un pas vers la sécurité.

Les informations de ce guide ont été rédigées avec la plus grande attention. Elles ne remplacent pas les conseils de professionnels qualifiés. Les lois et procédures évoluant régulièrement, il est important de consulter des professionnels dans ce domaine.

Guide 3 sur 9

Savoir comment réagir en tant que témoin de violence conjugale

Situations urgentes ou non, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire et ce que la loi camerounaise vous demande.

Les violences conjugales ne sont pas une affaire privée. Si vous avez été témoin de violences conjugales, ou qu’une victime s’est confiée à vous, votre soutien pourrait lui sauver la vie.

1-Situations urgentes

Si vous pensez qu’il y a un danger grave et immédiat, n’hésitez pas à appeler les services d’urgence, même en cas de doute.

Si vous vous sentez suffisamment en sécurité, intervenez pour faire cesser l’agression en suivant ces conseils :

  • Restez le plus calme possible
  • N’hésitez pas à mobiliser les autres témoins
  • Tentez une diversion pour distraire l'agresseur si cela est possible.

Votre réaction doit être proportionnelle à la menace : une intervention agressive risque d’entraîner une escalade de la violence et de mettre en danger toutes les personnes impliquées.

2-Situations non-urgentes

Une personne confrontée à des violences conjugales se sent souvent perdue et isolée. Votre soutien peut lui sauver la vie.

Toutes les victimes réagissent différemment. Toutes les réactions au traumatisme sont normales : déni, colère, calme, détresse, pleurs, cris, et même contact avec l'agresseur.

3-Ce qu’il faut faire

Il peut être très difficile de savoir quoi dire et quoi faire quand on est témoin de violences, à tel point qu'il peut être tentant de les ignorer. Mais il est très important que vous soyez là pour la victime.

En suivant ces conseils, vous pourriez lui sauver la vie :

  • Croyez-la, écoutez-la, soutenez-la. Demandez-lui si elle va bien et si vous pouvez faire quelque chose pour elle.
  • Rassurez-la : il existe des solutions pour qu’elle retrouve la sécurité et l’indépendance.
  • Expliquez-lui que le seul responsable est l’auteur des violences.
  • Conseillez-lui d’appeler la police au 117 ou la gendarmerie au 113 si elle se sent en danger ou proposez-lui de l’accompagner au commissariat pour déposer une plainte.
  • Partagez avec elle des sources d’information fiables telles que notre site pour qu’elle puisse comprendre le mécanisme des violences et connaître ses droits.
  • Vous pouvez garder une trace des faits dont vous êtes témoin sur le site AidGBV https://aidgbv.org/, un espace en ligne sécurisé.
  • Respectez ses valeurs et choix culturels et religieux.
  • Laissez-la prendre ses propres décisions, à son rythme.
  • Si elle ne parle pas français et que vous lui donnez le numéro de téléphone ou e-mail de services uniquement en français, proposez-lui de l'aider à les contacter.

4-Ce qu’il ne faut pas faire

Face aux violences conjugales, nous avons chacun un rôle à jouer.

Certains comportements sont à éviter pour rester dans une relation de confiance avec la victime et ne pas mettre sa vie en danger :

  • Ne mettez pas en doute la réalité des violences. Ne les minimisez pas.
  • Ne la jugez pas et ne lui dites pas ce qu’elle devrait faire. Elle se sent très certainement perdue et a besoin de temps pour réfléchir à la suite.
  • Ne défendez pas son partenaire et n’essayez pas de lui trouver des excuses.
  • Ne l’obligez pas à faire quoique ce soit si elle vous dit ne pas se sentir prête.
  • Ne lui donnez pas des conseils dans un domaine où vous n’êtes pas qualifié. Les lois et dispositifs changent régulièrement, et à cela s’ajoutent des complexités internationales.
  • Ne contactez pas son agresseur, cela pourrait mettre la vie de la victime en danger. Il pourrait aussi vous manipuler pour que vous le croyiez.
  • Ne partagez pas ces informations avec d’autres personnes sans l’accord de la victime, cela pourrait mettre sa vie en danger.
  • Ne lui coupez pas la parole si elle a du mal à s'exprimer dans une langue qui n’est pas la sienne.

5-Ce que la loi vous demande

Dans certains cas, la loi camerounaise vous impose de révéler les faits dont vous avez connaissance :

  • Il est interdit de ne pas empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, la commission de tout crime ou d’un délit contre l’intégrité corporelle d’une personne (Loi applicable : article 171) :

L’article 171 dispose que : « Est puni d’un emprisonnement de un mois à trois ans et d’une amende de 20 000 à 1 million de francs ou de l’une de ces deux peines seulement celui qui pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, la commission de tout crime ou d’un délit contre l’intégrité corporelle d’une personne s’en abstient ».

  • Il est interdit de ne pas porter secours à une personne en danger, appelé “non-assistance à personne en danger” (loi applicable : article 283 du “Code pénal”).

« Est puni d'un emprisonnement de un (01) mois à trois ans une amende de vingt mille (20 000) à un million (1 000 000) de francs ou de l'une de ces deux peines seulement, celui qui s'abstient de porter à une personne en péril de mort ou de blessures graves, l'assistance que, sans risque pour lui ni pour les tiers, il pouvait lui prêter soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours (Article 283 de la Loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code Pénal) ».

Guide 4 sur 9

Recueillir des preuves des violences conjugales

Pourquoi, comment et où conserver les preuves : journal, messages, photos, attestations de témoins et certificats médicaux.

Même si vous n’êtes pas prête à signaler les violences aujourd’hui, il est important d’en recueillir des preuves. Celles-ci pourraient vous aider plus tard à faire valoir vos droits, par exemple en matière de logement, de divorce et de garde d'enfants.

1-Pourquoi est-il important de recueillir des preuves ?

Lorsque l’on est victime de violence de la part de l’autre partenaire, il est souvent difficile de voir clair dans la situation. Vous vous demandez peut-être si vous n’êtes pas « folle » ou « fou » ou peut-être que vous vous sentez pris-e au piège. Ceci est une conséquence de la violence. En documentant le plus tôt possible les actes de violences, cela vous permet de mieux identifier le cycle de la violence et voir si vous êtes en danger car la violence s’intensifie. Cela vous permettra aussi d’avoir des preuves des violences subies le jour où vous souhaitez déposer une plainte pénale ou demander à la justice civile des mesures d’éloignement.

2-Comment recueillir des preuves de violences ?

La liste ci-dessous a été rédigée pour vous aider à considérer tout élément pouvant servir de preuve.

Vous n’êtes pas obligée de rassembler toutes ces preuves avant de déposer une plainte. Votre sécurité reste la priorité absolue.

Quelques éléments à prendre en considération avant de commencer :

  • Ne recueillez des preuves que lorsque vous vous sentez en sécurité
  • Pensez à bien les cacher
  • Veillez à ce que l’auteur des violences ne connaisse pas vos mots de passe, et changez-les si besoin.

3-Où sauvegarder les preuves de violence ?

Sauvegarder les preuves des violences sur votre téléphone ou sur votre ordinateur comporte des risques car votre partenaire contrôle peut-être vos outils de communication et vous risquez ainsi de perdre ces données personnelles et sensibles vous concernant. Différentes solutions existent. La plateforme AidGBV https://aidgbv.org/ met par exemple à disposition un coffre-fort numérique gratuit sur lequel il est possible de sauvegarder toutes les preuves des violences et du harcèlement subis. Nous vous recommandons de prendre connaissance des conditions d’utilisation de ce service avant d’y enregistrer des informations.

4-Notez tous les comportements violents dans un journal

Tenez un journal dans lequel vous écrivez notamment :

  • Ce qu’il s’est passé exactement : actes et paroles de l’auteur de votre partenaire ou ex-partenaire
  • La date et le lieu
  • Les témoins éventuels
  • D’autres preuves auxquelles vous pouvez penser.

Vous pouvez le faire en ligne, par exemple avec la plateforme sécurisée AidGBV. Elle permet de sauvegarder des témoignages, récits de vie, documents officiels, photos, vidéos et enregistrements.

5-Sauvegardez les messages écrits ou vocaux dans un espace sécurisé

Des preuves provenant directement de votre partenaire violent avec des aveux de violence, des excuses pour les violences, des insultes, des menaces, des tentatives de contrôle ou des comportements de harcèlement sont des preuves très utiles. Par exemple :

  • E-mails
  • Textos (captures d'écran qui font apparaître le numéro de l'expéditeur)
  • Messages vocaux
  • Messages sur des applications de messagerie (ex. Messenger, Whatsapp, Signal).

6-Prenez des photos des marques sur votre corps

Par exemple vos bleus, plaies ou cicatrices.

7-Faites-vous examiner dès que possible en cas de rapports sexuels forcés

  • Ne vous lavez pas.
  • Dès que possible, allez chez un médecin ou dans un hôpital. Un professionnel de santé vous examinera et pourra recueillir les éléments pouvant prouver l’agression.
  • L’examen médical pourrait permettre de confirmer l’auteur des violences grâce à son ADN.

Si vous êtes majeure (plus de 18 ans), ils doivent respecter le secret médical et ne peuvent pas signaler les violences sans votre accord.

8-Enregistrez les scènes de violence

Si possible et sans danger pour vous, enregistrez ou filmez discrètement les scènes de violence. Vous pouvez par exemple démarrer un enregistrement vocal avec votre téléphone.

9-Gardez les objets tachés ou cassés

Si possible, rangez dans un lieu sécurisé les objets ou vêtements comportant des traces de violences, ou prenez-les en photo.

10-Demandez à vos proches de témoigner en remplissant une “attestation de témoin”

Demandez à des proches de confiance de faire un témoignage écrit précisant :

  • comment ils ont fait votre connaissance
  • depuis combien de temps ils vous connaissent
  • leur relation avec vous et votre agresseur
  • ce dont ils ont été témoins (même s’il s’agit de confidences de votre part)
  • quand ils en ont été témoins.

Chaque témoignage doit être daté, signé et accompagné d’une photocopie de la carte d’identité du témoin. Il peut être fait en établissant une attestation de témoignage sur une feuille blanche.

11-Demandez à des professionnel(le)s de santé de témoigner

Les professionnel(le)s de santé que vous consultez peuvent rédiger des documents qui vous serviront de preuve. Par exemple :

  • Vous pouvez consulter un médecin et lui demander un certificat médical constatant les violences subies
  • Si les secours sont intervenus pour vous aider, demandez-leur de vous donner un rapport
  • Si vous avez dû vous rendre dans un hôpital, demandez un rapport : cela peut être un “Certificat médical”.

12-Demandez à d’autres professionnel(le)s de témoigner en remplissant une “attestation de témoin”

Demandez aux professionnel(le)s qui vous suivent vous et vos enfants de témoigner en vous donnant une “attestation”.

Cela peut être une assistante sociale, un juriste, une organisation offrant des services gratuits appelée “association” qui vous a aidée, etc.

Chaque témoignage doit être daté, signé et accompagné d’une photocopie de la carte d’identité du témoin.

13-Cachez ou photographiez des documents pouvant démontrer les violences économiques

Si votre partenaire ou ex-partenaire contrôle ou menace votre accès à l'argent et aux papiers, conservez des preuves :

  • relevés de compte
  • contrats de prêt à la consommation à votre nom mais utilisé par votre partenaire
  • échanges écrits concernant vos revenus ou dépenses
  • échanges écrits dans lesquels il vous empêche de travailler
  • échanges écrits dans lesquels vous demandez à récupérer certains documents importants, par exemple vos papiers
  • toute preuve pouvant indiquer qu'il vous prive de ressources et vous empêche d'en obtenir de nouvelles.

14-Gardez aussi les preuves de violences précédentes

Gardez les éventuelles preuves démontrant un comportement violent et dominateur :

  • des jugements passés
  • une “attestation de témoin” d'une ex-partenaire qui a aussi subi des violences avec lui.

Chaque témoignage doit être daté, signé et accompagné d’une photocopie de la carte d’identité du témoin. Il peut être fait en établissant une attestation de témoignage sur une feuille blanche.

Faites très attention en faisant cela. Votre sécurité reste la priorité absolue. Ne le faites que lorsque vous êtes sûre que les témoins ne préviendront pas votre partenaire ou ex-partenaire.

Guide 5 sur 9

Sauvegarder les preuves dans le coffre-fort numérique AidGBV

Documenter les épisodes de violence en sécurité : quoi enregistrer, comment le faire et comment vos données sont protégées.

A qui s’adresse ce guide ?

Vous êtes victime de violence conjugale ou vous n’êtes pas certain(e) ? Vous êtes alors au bon endroit. Que ce soit de la violence physique, sexuelle, économique ou encore psychologique, il est important de documenter les violences subies dès les premiers signes.

Pourquoi sauvegarder les preuves de violence ?

Lorsque l’on est victime de violence de la part de l’autre partenaire, il est souvent difficile de voir clair dans la situation. Vous vous demandez peut-être si vous n’êtes pas « folle » ou « fou » ou peut-être que vous vous sentez pris-e au piège. Ceci est une conséquence de la violence. En documentant le plus tôt possible les actes de violences, cela vous permet de mieux identifier le cycle de la violence et voir si vous êtes en danger car la violence s’intensifie. Cela vous permettra aussi d’avoir des preuves des violences subies le jour où vous souhaitez déposer une plainte pénale ou demander à la justice civile des mesures d’éloignement.

Où sauvegarder les preuves de violence ?

Sauvegarder les preuves des violences sur votre téléphone ou sur votre ordinateur comporte des risques car votre partenaire contrôle peut-être vos outils de communication et vous risquez ainsi de perdre ces données personnelles et sensibles vous concernant. Différentes solutions existent. La plateforme AidGBV https://aidgbv.org/ met par exemple à disposition un coffre-fort numérique gratuit sur lequel il est possible de sauvegarder toutes les preuves des violences et du harcèlement subis. Nous vous recommandons de prendre connaissance des conditions d’utilisation de ce service avant d’y enregistrer des informations.

Pourquoi le coffre-fort numérique ?

Comme la violence conjugale se produit souvent dans le foyer et que les personnes concernées ont un lien émotionnel avec la personne qui exerce la violence, la situation peut être très complexe. La violence domestique suit souvent un schéma similaire. Il s’agit rarement d'un acte unique et elle augmente en fréquence et en gravité au fil du temps. Il en va de même pour le harcèlement. C'est pour cette raison qu'il est important de documenter les épisodes de violence.

En documentant la violence, tu disposes d'un moyen d'agir.

Les spécialistes recommandent que tu commences le plus tôt possible à enregistrer tous les actes de violence. Cela dès que tu sens que quelque chose ne va pas dans ta relation ou que tu ressens des conséquences sur ta santé (par ex. troubles du sommeil, anxiété, baisse de l'estime de soi, dépression).

Enregistrer des preuves sur son propre téléphone portable comporte des risques pour de nombreuses personnes qui subissent de la violence, surtout si le ou la partenaire contrôle le téléphone portable.

Avec le coffre-fort numérique, nous te donnons un endroit sécurisé et indépendant où tu peux consigner les épisodes de violence et de harcèlement.

Cependant, il est important de savoir que si le ou la partenaire a accès à ton appareil ou à tes comptes, aucune méthode de conservation des preuves numériques n’est absolument sûre. Dans ce cas, il peut être utile de faire appel à une personne de confiance pour t’aider à sécuriser tes preuves.

Pourquoi documenter les épisodes de violence ?

Si tu documentes les épisodes de violence, tu peux...

Mieux identifier les schémas d'une relation toxique et violente. La violence émotionnelle est particulièrement difficile à saisir. Note tes expériences dans un journal ou sauvegarde des messages rabaissants. Le quiz https://aidgbv.org/quiz peut t'aider à l'identifier.

Reconnaître à un stade précoce si ta sécurité est menacée et le signaler à la police ou la gendarmerie. Celle-ci peut ordonner des mesures de protection ou t'aider à porter plainte. Sois particulièrement prudent-e si tu veux te séparer - la situation peut alors escalader. Demande conseil à des services d’aide près de chez toi https://aidgbv.org/structures-referencees .

  • Te préparer à une procédure juridique.

Malheureusement, les poursuites juridiques contre la violence domestique et le harcèlement sont difficiles. Il s’agit souvent de délits impliquant deux personnes ; les preuves et les témoins manquent. La règle est donc la suivante : plus tu peux rassembler de preuves, mieux tu seras préparé-e. Si tu veux porter plainte ou si tu as d’autres questions sur la procédure pénale, tu peux t’adresser aux services d’assistance des victimes https://aidgbv.org/structures-referencees .

3-Comment documenter les épisodes de violences ?

La violence se présente sous de nombreuses formes. Elle est souvent subtile et s'installe progressivement. Il vaut la peine de documenter les épisodes de violence le plus tôt et le plus précisément possible. Par exemple :

i-La violence émotionnelle

  • Captures d'écran d'échanges de messages (par exemple, menaces contre toi ou des tiers, menaces de suicide, chantage, humiliations, insultes ou injures)
  • Captures d'écran d'appels manqués en cas de harcèlement téléphonique
  • Des messages vocaux ou des enregistrements audio personnels pour documenter la violence verbale
  • Enregistrements vidéo
  • Des entrées de journal pour documenter les épisodes de harcèlement ou d'autres formes de violence émotionnelle

La violence psychologique/émotionnelle est souvent difficile à identifier. Beaucoup de personnes concernées ont un sentiment sur lequel il est difficile de mettre des mots. Si tu n'as pas de preuves tangibles, prends tout de même des notes si ton ou ta partenaire ou une autre personne te dévalorise, t'insulte, te menace, t'intimide, est excessivement jaloux-se ou te fait douter de ta perception (gaslighting).

Important : la violence numérique est bien réelle. Le contrôle, l'intimidation et la surveillance peuvent s'exercer via le téléphone, des apps ou les réseaux sociaux et renforcer des schémas de violence existants dans une relation (ex-)amoureuse. Essaie de documenter aussi les épisodes de violence numérique.

ii-La violence physique

  • Des photos de toute blessure avec une photo d'ensemble pour que l'on puisse établir un lien entre les blessures et toi. Nous te recommandons de faire documenter tes blessures par un médecin
  • Photos des dommages matériels (par ex. objets cassés, dégâts dans l'appartement)
  • Enregistrements vidéo et audio (violence contre toi ou des tiers)
  • Rapports médicaux (hôpital, service des urgences)

Si tu as appelé la police après un acte de violence ou si tu as été hospitalisé(e) en raison de tes blessures, celles-ci seront consignées dans un dossier patient(e) et/ou un rapport de police. En cas de poursuites judiciaires, ces documents peuvent être utilisés comme preuves.

iii-Le stalking

Le droit camerounais ne contient pas d'infraction autonome spécifiquement dénommée « stalking » (harcèlement obsessionnel) dans son Code pénal, mais réprime ces comportements à travers des qualifications juridiques connexes touchant au harcèlement général, à la cybercriminalité et aux atteintes à la vie privée. Il faut documenter tous les épisodes de stalking, comme les communications non souhaitées, les espionnages ou toute autre forme de harcèlement, dans un journal de manière aussi détaillée que possible. N'oublie pas non plus d'enregistrer les preuves, comme les messages de menace ou les photos.

Dans le contexte camerounais, la loi n°2010/012 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité lorsque les actes de surveillance ou d'agissements répétés sont commis par communications électroniques et altèrent la santé mentale ou physique de la victime, s’applique.

4-À quoi dois-je faire attention lors de la documentation ?

Une documentation précise et détaillée des épisodes de violence est très importante, surtout si tu souhaites porter plainte.

4-1-Photos de blessures

Si tu photographies tes blessures ou celles de tiers, fais attention à la qualité des photos (netteté de l'image, lumière). Garde à l'esprit que ces preuves ne peuvent pas être reproduites par la suite. Les procédures pénales pour violence domestique sont difficiles et émotionnellement lourdes, tu seras mieux préparé-e avec des preuves de qualité.

Photographie les blessures à différentes distances avec des photos d'ensemble et des photos rapprochées. Une photo d'ensemble est très importante. On doit pouvoir identifier la personne qui porte les blessures. Essaye de prendre des photos où ton visage est visible. N'oublie pas que les photos sur lesquelles l'identité de la personne blessée n'est pas reconnaissable ont beaucoup de mal à être présentées au tribunal.

Pour que tes photos soient utilisables au mieux en justice, c'est-à-dire qu'elles soient admises comme preuve au tribunal, les descriptions des blessures comptent aussi.  Il est utile que tu décrives tes blessures de manière objective et brève (Où ? Quelles blessures ? Quelle taille ? Pour la taille, un mètre ou un objet comme un stylo peut aussi t'aider).

Nous te recommandons de faire documenter tes blessures par un médecin, afin que la violence subie soit constatée par des spécialistes. Un rapport médical peut être décisif pour une procédure pénale. Une photo ne remplace pas un constat effectué par un-e professionnel-le.

4-2-La date et l'heure

Il est important que les preuves soient documentées de manière aussi détaillée que possible, avec la date et l'heure. Si tu n'as que peu de temps pour documenter les preuves, note en priorité quand la violence a été exercée sur toi ou sur des tiers (par ex. tes enfants).

  • L'horodatage (date et heure) de tes fichiers photo, vidéo et audio est important pour une documentation sans faille - et surtout si tu veux porter plainte.

4-3-Entrées de journal

En cas de stalking, c'est-à-dire de poursuite, d'espionnage et d'autres agissements non désirés, les expert-es recommandent de tenir un journal de stalking. Notre espace de stockage en ligne te donne la possibilité de documenter les épisodes de stalking dans un journal numérique.

Il peut aussi être utile de consigner d'autres épisodes de violence émotionnelle dans le journal. La violence psychologique est souvent plus difficile à identifier. Beaucoup de personnes concernées savent que quelque chose ne va pas mais n'arrivent pas à mettre les mots sur ce sentiment.

Prends note si ton/ta partenaire ou une autre personne te dévalorise, t'insulte, t'offense, te menace, t'intimide, est excessivement jaloux-se ou te fait douter de ta perception (gaslighting).

5-À quoi dois-je faire attention lors du téléchargement ?

Lors de la saisie d'un épisode de violence, il est également important de noter dans le champ de commentaire la date et l'heure de tes fichiers image, vidéo et audio (consultables sous « propriétés »).

Pourquoi nous te recommandons cela ? Pour des raisons techniques, le téléchargement de tes fichiers peut modifier la date et l'heure des enregistrements (« horodatage »), de sorte que les informations ne correspondent plus à ce qui s'est passé. Cela se produit automatiquement avec de nombreux programmes et aussi lorsque tu envoies, édites ou déplaces un fichier avec un autre programme.

Si tu veux porter plainte, les données temporelles sont importantes pour la police. Si tu n'as pas noté ces informations, il se peut qu'elles te manquent et que la police soit moins à même de t'aider.

6-Mes données sont-elles en sécurité ?

Tes données sont chiffrées et protégées par une identification à deux facteurs (2FA). Elles ne sont accessibles que via un login que tu choisis toi-même. Ce qui signifie que vos informations personnelles ou professionnelles bénéficient d’un double niveau de sécurité informatique pour empêcher tout accès non autorisé :

Données chiffrées : Vos données sont converties en un code secret illisible (à l'aide d'un algorithme de chiffrement) lorsqu'elles sont stockées ou transférées. Même si quelqu'un interceptait ces données, elles seraient totalement incompréhensibles sans la clé de déchiffrement.

Identification à deux facteurs (2FA) : En plus de votre mot de passe habituel, vous devez valider votre connexion ou votre action via une seconde méthode de vérification (comme un code unique envoyé par SMS, une application d'authentification ou une clé de sécurité physique). Cela garantit que vous êtes bien la personne autorisée, même si votre mot de passe a été compromis.

7-Que faire si j'ai un problème technique ?

Tes données sont protégées et ne sont pas perdues, même en cas de problèmes techniques lors de l'utilisation de AidGBV.

Nous sommes là pour toi : écris-nous sur contact@aidgbv.org si tu as besoin d'aide ou si tu souhaites nous donner un feedback.

Guide 6 sur 9

Différence entre agression sexuelle et viol

Définitions claires : violence, menace, contrainte ou surprise, et premiers gestes à adopter après un viol.

Qu'est-ce qu'une agression sexuelle ?

Tu es victime d’agression sexuelle lorsqu’une personne touche tes parties intimes (fesses, bouche, poitrine, sexe) sans ton consentement, avec violence, menace, contrainte ou surprise. Il s’agit d’un délit puni par la loi, pourtant l’agression sexuelle est très banalisée dans la vie courante : dans les cours de récréation, elle est même l’objet de jeux, comme le "chat-bite" ou le jeu du "camion". Souvent on parle d’ ”attouchement”, mais ce mot a tendance à réduire la violence de l’agression et n’a aucune valeur juridique.

Qu'est-ce qu'un viol ?

Tu es victime de viol lorsqu’une personne te pénètre ou tente de te pénétrer sans ton consentement, avec violence, menace, contrainte ou surprise.

Avec violence
c’est facile à comprendre, l’agresseur te frappe pour arriver à ses fins.
Avec menace
c’est lorsqu’il te menace de te faire du mal si tu lui résistes : par exemple de te frapper ou de t’humilier en dévoilant des nudes de toi sur les réseaux sociaux.
Avec contrainte
c’est lorsque l’agresseur t’impose des relations sexuelles en te manipulant et en profitant de ta vulnérabilité. Par exemple, quand un adulte pénètre un enfant en lui faisant croire que c’est une pratique tout à fait courante. Ou alors lorsque la personne insiste, argumente, culpabilise sa victime jusqu’à ce qu’elle cède.
Avec surprise
c’est lorsque l’agresseur te pénètre alors que tu ne t’y attends pas. Par exemple pendant ton sommeil. Attention : réveiller son mec avec une fellation, c’est commettre un viol !

Ces pénétrations peuvent se faire dans le vagin, dans l’anus ou dans la bouche, avec le sexe, les doigts ou un objet. Ce qui signifie qu’un garçon comme une fille peuvent être victimes de viol et peuvent l’un comme l’autre être auteur(e)s de viol : il n’y a pas forcément besoin de pénis pour violer.

Que faire suite à un viol ?

1. Ne reste pas seul(e)

Rends-toi dans un endroit sûr et contacte une personne de confiance : un(e) ami(e), un parent, un(e) voisin(e), un(e) enseignant(e), un(e) conseiller(ère)... Il y a des gens qui peuvent t’apporter le soutien émotionnel dont tu as besoin.

2. Consulte un médecin dès que possible

Ne te lave pas.

C’est facile à dire qu’à faire ! La première chose dont on a envie lorsqu’on vient de subir un viol, c’est de se laver. Pourtant si l’on veut mettre toutes les chances de son côté pour faire condamner son agresseur, il vaut mieux ne pas se nettoyer et aller dès que possible consulter un médecin. De cette façon, celui-ci pourra constater les traces de l’agression sur ton corps et faire, le cas échéant, un prélèvement. Donc, dès que c’est possible, rends-toi dans un centre de santé ou à l’hôpital pour un examen et un traitement d'une possible maladie vénérienne et d'une grossesse. Tu peux avoir des blessures internes dont tu n'es pas au courant. Sache que tu n’as pas besoin de déposer plainte pour avoir un examen médical.

3. Si tu souhaites déclarer l’agression ou si tu penses pouvoir le faire, conserve les preuves :

  • Ne te douche pas,
  • Ne te brosse pas les dents et ne déplace rien que ton agresseur ait pu toucher.
  • Mets les vêtements que tu portais au moment de l'agression dans un sac en papier.
  • Conserve ta première urine dans un récipient propre si tu penses avoir été drogué(e).
Guide 7 sur 9

Que faire après une agression sexuelle ?

Les 72 premières heures, soins médicaux, préservation des preuves, décision de signaler ou non et chemin vers la guérison.

Subir des violences sexuelles – y compris le viol, la tentative de viol, la coercition sexuelle ou les attouchements sexuels non consentis – est traumatisant et profondément personnel. Si cela vous est arrivé, souvenez-vous : ce n’est pas de votre faute et vous n’êtes pas seul(e). Les heures et les jours qui suivent une agression peuvent être extrêmement difficiles à vivre. Ce guide présente des mesures pratiques pour vous aider à préserver votre sécurité, votre santé et votre bien-être.

Pourquoi les 72 premières heures sont cruciales ?

Les 72 premières heures sont importantes pour votre santé physique et pour préserver vos options :

  • Soins médicaux : la contraception d’urgence et le traitement prophylactique du VIH (PPE) sont plus efficaces dans les 72 heures.
  • Préservation des preuves : si vous envisagez de faire un signalement ultérieurement, une prise en charge médicale rapide contribue à préserver les preuves médico-légales.
  • Soutien émotionnel : parler à une personne formée pour soutenir les victimes peut vous aider à commencer à assimiler ce qui s’est passé.

Même si plus de temps s'est écoulé, vous pouvez toujours solliciter un soutien médical et émotionnel.

Rendez-vous dans un endroit sûr

Votre sécurité est primordiale. Si vous êtes en danger, éloignez-vous de la situation au plus vite. Rendez-vous dans un endroit sûr : votre domicile, celui d’une personne de confiance ou tout autre lieu sécurisé. Entourez-vous de soutien ; cela peut faire toute la différence.

Parlez-en à une personne de confiance.

Contacter une personne bienveillante peut vous aider à vous sentir moins seul.

Si vous ne vous sentez pas à l'aise d'en parler à une personne de votre entourage, vous pouvez contacter notre ligne d’assistance CREAI-VBG pour obtenir des conseils et un soutien confidentiel. Demander de l’aide est une démarche importante et courageuse.

Préserver les preuves

Pour collecter des preuves, il est recommandé de ne pas effectuer les activités suivantes :

  • Prendre une douche ou un bain;
  • Changer ou jeter vos vêtements ;
  • Brosser vos dents ;
  • Manger ou boire ;
  • Laver vos mains ou vous peigner ;
  • Perturber le lieu de l’agression.

Toutefois, si vous avez fait l’une ou l’autre de ces choses, ce n’est pas grave, vous n’avez rien fait de mal. De nombreuses personnes survivantes souhaitent prendre leur douche, se changer et se brosser les dents après une agression. Cela ne signifie pas qu’un examen et une collecte de preuves ne peuvent pas avoir lieu.

Consultez un médecin

Les soins médicaux sont importants pour votre santé et votre bien-être. Vous pouvez consulter :

  • Un hôpital
  • Une clinique ou un médecin privé

Les professionnels de la santé peuvent :

  • Soigner les blessures
  • Fournir un traitement préventif du VIH (PEP)
  • Proposer une contraception d'urgence
  • Dépister et traiter les IST
  • Faites procéder à un examen médico-légal si vous le souhaitez

Demande de formulaire : Si vous souhaitez porter plainte, demandez au médecin de remplir un formulaire. Ce document légal consigne les blessures et les constatations médicales et pourra appuyer votre dossier ultérieurement. Même si vous hésitez à porter plainte, demander un formulaire vous permet de garder toutes les options ouvertes.

Protégez votre santé

Après une agression, les professionnels de santé peuvent fournir :

  • La prophylaxie post-exposition (PPE, prévention du VIH) doit être commencée dans les 72 heures et suivie pendant 28 jours.
  • La contraception d'urgence est plus efficace dans les 72 heures.
  • Prévention ou traitement des IST.

Si vous remarquez ultérieurement des douleurs, des écoulements, de la fièvre ou d'autres symptômes, retournez consulter un médecin.

Décider s’il faut signaler

Le signalement est une décision personnelle. Il n’y a pas de bon ou de mauvais choix, seulement ce qui vous semble juste.

Si vous choisissez de signaler :

  • Rendez-vous au poste de police ou de la gendarmerie pour porter plainte.
  • Apportez toutes les preuves conservées.
  • Vous pouvez demander les services d'un(e) agent(e).
  • Vous pouvez venir accompagné d'une personne de confiance.

Si vous vous trouvez dans un hôpital ou un centre de santé communautaire, le personnel peut vous aider à ouvrir un dossier. Si vous choisissez de ne pas signaler les faits, cette décision est tout à fait légitime. Vous avez droit aux soins et au soutien dont vous avez besoin.

Prenez le temps de guérir

La guérison n'est pas linéaire. Certains jours peuvent sembler gérables ; d'autres, plus difficiles. Les deux sont normaux.

Autorisez-vous à :

  • Repos
  • Prenez un congé du travail ou de l'école si nécessaire.
  • Parlez à un conseiller
  • Avancez à votre propre rythme

Il n'y a pas de date limite pour la guérison.

Si vous souhaitez obtenir du soutien ou des conseils, vous pouvez nous contacter via notre ligne d’assistance aux victimes du CREAI-VBG. Nos spécialistes formés vous guideront et, si nécessaire, vous mettront en relation avec nos conseillers internes pour un soutien émotionnel continu.

Si vous ne souhaitez pas signaler

Toutes les victimes ne choisissent pas de porter plainte auprès de la police, et cette décision est profondément personnelle. Vous pouvez vous sentir dépassée, avoir peur des démarches juridiques, craindre des représailles ou tout simplement ne pas être prête. Porter plainte est un droit, et non une obligation, sauf si la victime est un enfant, auquel cas certains professionnels sont légalement tenus de signaler les faits. Choisir de ne pas porter plainte ne remet pas en cause votre expérience. Toutefois, il est important de connaître vos options afin de prendre une décision éclairée.

Accès aux soins médicaux

Il n’est pas nécessaire de porter plainte pour recevoir des soins médicaux. Dans un hôpital public, les victimes d’agression sexuelle peuvent bénéficier de :

  • Examen médico-légal
  • Traitement des blessures physiques
  • Prophylaxie post-exposition (PPE) contre le VIH (doit commencer dans les 72 heures)
  • Contraception d'urgence
  • Médicaments de prévention des IST
  • Test de grossesse
  • Orientation vers des services de consultation en traumatologie

Vous pouvez demander des soins médicaux même si vous hésitez à signaler un problème de santé. Le personnel soignant vous expliquera chaque étape et obtiendra votre consentement avant de procéder.

Un examen médico-légal n’entraîne pas automatiquement la rédaction d'un rapport.

De nombreux survivants craignent qu'accepter un examen médico-légal les force à participer à une procédure pénale. Ce n'est pas forcément le cas. Vous pouvez :

  • Posez des questions avant de consentir à l'examen.
  • Refuser toute partie de l'examen
  • Précisez comment les preuves seront conservées.

Dans certains cas, des preuves peuvent être recueillies et conservées pendant que vous réfléchissez à la suite à donner à votre décision. Demandez toujours au professionnel de santé de vous expliquer clairement vos options.

Comprendre dans quelles circonstances un signalement peut être effectué sans votre consentement

  • Il existe des situations limitées dans lesquelles un signalement peut être effectué sans votre consentement :
  • Si la victime a moins de 18 ans (les cas de maltraitance infantile doivent être signalés en vertu de la loi camerounaise)
  • Si un(e) professionnel(le) de la santé estime qu'il existe un risque persistant pour un enfant

Dans certains cas graves impliquant des personnes vulnérables (personnes âgées dépendantes d'un aidant, personnes mentalement incapables - inconscientes, fortement intoxiquées ou incapables de consentir, et personnes handicapées)

Certain(e)s professionnel(le)s sont tenus de signaler les cas de maltraitance. Cela signifie qu'ils sont légalement tenus de signaler les abus impliquant :

  • Un enfant
  • Une personne atteinte d'un handicap mental
  • Risque permanent pour un mineur
  • Les personnes tenues de signaler les infractions comprennent généralement :
  • médecins et infirmières
  • travailleurs sociaux
  • Enseignants
  • Les psychologues
  • Certains conseillers

Si vous êtes une victime adulte, vous avez généralement le droit de décider de porter plainte ou non. En cas de doute, demandez directement : « Est-ce que cela sera signalé si je ne le souhaite pas ? »

Vous pouvez préserver les preuves sans les signaler immédiatement.

Si vous hésitez à signaler un incident, conserver les preuves vous permet de garder toutes les options ouvertes. Si possible :

  • Évitez de vous laver le corps ou vos vêtements immédiatement après l'incident (si cela ne présente aucun danger).
  • Placez les vêtements dans un sac en papier.
  • Enregistrez les captures d'écran, les messages, les journaux d'appels ou les e-mails.
  • Notez les détails pendant qu'ils sont encore frais dans votre mémoire.

La conservation des preuves ne vous engage pas dans une procédure policière. Elle vous permet simplement de décider plus tard.

Vous méritez d'être soutenue, quels que soient vos choix juridiques. La ligne d'assistance du CREAI-VBG offre des conseils confidentiels, notamment pour :

  • Exprimez vos préoccupations concernant le signalement
  • Demandez en quoi consiste la procédure légale
  • Vous serez orienté vers des conseillers internes pour obtenir un soutien adapté aux traumatismes.
  • Explorez les options de planification de la sécurité
  • Il n'y a aucune obligation de signaler les faits lorsqu'on demande de l'aide.

Vous pouvez changer d'avis plus tard

Certains survivants choisissent de témoigner des jours, des mois, voire des années plus tard. D'autres ne le font jamais. Il n'y a pas de décision universellement correcte. Ce qui compte, c'est :

  • Votre sécurité
  • Votre bien-être
  • Votre préparation

Les procédures judiciaires peuvent être éprouvantes émotionnellement. Prendre le temps de se stabiliser et de bénéficier d'un soutien psychologique est un choix légitime. Ne pas porter plainte ne signifie pas que les violences n'étaient pas graves, que vous protégiez l'agresseur, que vous êtes faible ou que vous êtes responsable de ce qui s'est passé. Vous avez le droit de privilégier votre sécurité physique et émotionnelle. Vous avez le droit de vous renseigner avant de prendre une décision. Vous avez le droit d'avancer à votre rythme.

Si vous souhaitez obtenir du soutien ou des conseils, vous pouvez nous contacter via WhatsApp sur notre ligne d'assistance aux victimes du CREAI-VBG. Nos spécialistes formé(e)s vous guideront et, si nécessaire, vous mettront en relation avec nos conseillers internes pour un soutien émotionnel continu.

Guide 8 sur 9

Soutenir et accompagner les victimes de violences sexuelles

Comment comprendre, rassurer et déculpabiliser une victime : le rôle essentiel de l’entourage.

COMMENT COMPRENDRE, RASSURER ET DÉCULPABILISER UNE VICTIME ?

Pour toute personne victime de violence sexiste, bénéficier du soutien de la reconnaissance, de la solidarité, de la compréhension et de l’aide de son entourage est très important, et représente un atout énorme pour la possibilité d’obtenir justice, pour sa guérison et reconstruction (des études scientifiques l’ont même démontré).

Compte tenu du fait que toutes les étapes de la prise en charge, particulièrement judiciaire, vont être très difficiles pour la victime, être soutenu et accompagné change tout .

Pour cela il est essentiel que les personnes de bonne volonté de l’entourage qui veulent aider la victime, soient informées de la réalité des violences (comme nous l’avons vu plus haut) et de leurs impacts psychotraumatiques, ainsi que des mécanismes neuro-biologiques à l’œuvre.

De même, connaître la loi (savoir par exemple la définition d’un viol, d’une agression sexuelle, etc.), les procédures judiciaires (comment porter plainte, comment signaler, trouver un avocat, quels sont les droits de la victime) et toutes les ressources disponibles, est indispensable : voir la page https://aidgbv.org/informations-juridiques .

Les associations d’aide aux victimes sont à la disposition de l’entourage qui peut les appeler pour leur demander conseil, être soutenu et prendre rendez-vous. Voir Carte des services : https://aidgbv.org/structures-referencees .

Le rôle de l’entourage dans le soutien des victimes de violences sexistes

Le rôle de l’entourage est de croire aux victimes, et de ne pas minimiser les violences qu’elles ont subies. Toute victime a besoin avant tout de reconnaissance de ce qu’elle a vécu, et que sa souffrance soit considérée comme légitime.

Il faut prendre garde à ne pas mettre en cause la victime, en critiquant son « imprudence », en ciblant son comportement : « pourquoi n’a-t-il pas crié, ne s’est-t-il pas défendu ? », en demandant : « pourquoi il parle, ou porte plainte si longtemps après, comment est-ce possible de ne se souvenir que maintenant, comment a-t-il pu oublier et si c’était un mensonge, une invention ? … et si on l’avait influencé ?…, est-ce qu’il n’a pas mal interprété des gestes anodins ?…».

Il s’agit de prendre fait et cause pour la victime, l’agresseur n’avait pas le droit de lui faire subir des violences, rien ne peut les justifier.

C’est très important que l’entourage rassure la victime qui fréquemment se sent coupable ou responsable pour partie de ce qui s’est passé en raison de la stratégie de l’agresseur et de ses mises en scène pour assurer son impunité. Et pour cela il faut prendre soin de ne pas l’assaillir de questions : « mais pourquoi tu as fait…, mais pourquoi tu n’as pas fait… ».

Rien ne justifie un viol ou des violences sexuelles. Il s’agit de crime et de délits graves. Ce n’est pas à l’entourage d’être juge et d’instruire une enquête pour savoir si la victime dit la vérité. Les enquêtes et les jugements, c’est à la police et à la justice de les faire.

Dans le cas des violences subies par les enfants par exemple, il ne faut pas exposer l’enfant victime à son agresseur en organisant des confrontations sous prétexte de rechercher la vérité qui ne pourraient qu’être très angoissantes et traumatisantes pour la victime, et s’avérer des entraves pour l’enquête judiciaire.

Aussi incroyables qu’elles puissent paraître les violences qui sont rapportées par les victimes ne sont souvent qu’une petite partie de ce qu’elles ont subi.

Vous avez forcément des victimes de viol dans votre entourage. Ne participez pas au déni ! Prenez en compte ce que vous disent les victimes, et ne minimisez pas ce qu’elles ont subi.

Les violences ne sont pas un différend entre deux personnes, il ne s’agit pas de dire qu’on ne veut pas prendre parti, et qu’on ne veut pas se mêler d’affaires de famille, de couple, d’institution, de service, etc. Il est nécessaire de s’engager pour la victime et de la protéger, c’est un devoir citoyen. Il faut tout faire pour que la victime ne soit plus exposée à ou aux agresseurs.

La responsabilité de la violence incombe à l’agresseur

La responsabilité du viol comme tout autre forme de violence sexiste et sexuelle en aucun cas n’incombe à la victime (qui se serait exposée, qui aurait été imprudente, « provocante », etc…).

C’est toujours l’auteur qui décide de l’acte et met en place toute une stratégie souvent bien en amont pour piéger sa victime, l’isoler, l’empêcher de se défendre, de fuir et la contraindre à céder à ce qu’il impose. Les violences sexuelles sont intentionnelles. Personne ne doit dire à une victime : « moi à ta place je n’aurais pas fait comme ça…, je me serai défendue…, etc. ».

Car justement l’agresseur a anticipé toutes les réactions possibles de la victime et a tout fait pour les annihiler par la manipulation, la contrainte et la terreur. L’agresseur a une grande longueur d’avance sur sa victime, il l’a faite tomber dans un piège qu’il a parfois tissé depuis longtemps, il fonctionne le plus souvent comme un prédateur.

Et c’est bien pour cela que la victime n’a rien pu faire. Tout était joué d’avance. C’est la victime qui doit être secourue, entourée, aidée et défendue, et non pas l’agresseur. C’est elle qui a un besoin vital de solidarité. C’est elle qui a de la valeur et qu’il faut protéger.

Elle a besoin qu’on lui renvoie qu’elle a des droits, qu’elle a une dignité et une valeur. L’agresseur lui a déniés ses droits et sa dignité en le lui faisant croire grâce à sa mise en scène mensongère qu’elle ne méritait que mépris et haine, et en la réduisant à un objet dans son scénario. Tout est plaqué et joué du côté de l’agresseur, tout est imposé par contrainte du côté de la victime et rien ne la concerne.

Il faut, avec elle, remettre le monde à l’endroit, dénoncer et démonter tout ce que l’agresseur a essayé de mettre en place pour la détruire, la réduire au silence et à la haine de soi, et il est essentiel d’identifier la stratégie que l’agresseur a mis en place. L’agresseur va recruter des alliés, surtout s’il est une personne en vue, il faut donc d’autant plus que la victime bénéficie d’un soutien sans faille. Il faut traquer avec elle toutes les incohérences, tous les mensonges. Et ne pas oublier de dénoncer tous les stéréotypes qui colonisent la société, et alimentent déni, culture du viol et sont responsable de l’impunité des agresseurs.

Guide 9 sur 9

Briser le silence face à l’agression sexuelle

Pourquoi tant de victimes se taisent pendant des années et pourquoi parler est essentiel à la guérison.

Comment briser le silence face à l’agression sexuelle

Un des aspects les plus dommageables d’une agression sexuelle c’est le silence qui l’entoure. Plusieurs victimes ont subi des violences sans jamais pouvoir le dire à personne. Garder un tel secret peut faire en sorte que la victime développe des sentiments de honte, de culpabilité, d’isolement et de peur.

Parler des agressions sexuelles vécues durant l’enfance, l’adolescence ou l’âge adulte n’est pas toujours une décision facile et peut aussi être une occasion de mettre fin à une situation d’agression.

Sortir de l’isolement et briser le silence sont des éléments importants du processus de guérison pour la victime d’agression sexuelle. Une victime qui prend le courage et décide de vous en parler, c’est qu’elle vous fait suffisamment confiance pour partager l’histoire réelle de sa vie en espérant recevoir une réponse compatissante à sa douleur. Parler de son agression est essentiel et libérateur.

Pourquoi les victimes gardent le silence pendant plusieurs années ?

Il est parfois difficile de comprendre pourquoi une victime garde ou a gardé le silence pendant plusieurs années. Il peut y avoir plusieurs raisons qui l’empêchent de le briser. Voici quelques raisons que certaines victimes rencontrées pendant les entretiens nous ont relatées :

  • La crainte de l’agresseur ;
  • La peur de représailles ;
  • Le sentiment de culpabilité et de honte de ce qui leur est arrivé ;
  • La crainte des commentaires désobligeants ;
  • La peur de ne pas être crues ;
  • L’impression d’être responsables de ce qui leur arrive ;
  • Les sentiments parfois confus à l’égard de l’agresseur ;
  • La crainte des réactions ou les remarques de leur entourage ;
  • La peur d’être en contact avec leurs émotions ;
  • L’absence d’un environnement où elles peuvent se sentir en sécurité et en confiance pour le faire ;
  • L’impunité des auteurs de la violence
  • Etc.

Ce ne sont pas toutes les victimes qui gardent le secret entourant la situation de l’agression sexuelle vécue. Plusieurs en ont parlé à quelqu’un sans avoir reçu une réponse bienveillante et aidante.

Au lieu d’être crues et protégées comme elles étaient en droit de s’y attendre, on les a peut-être ignorées, blâmées, ridiculisées ou agressées davantage.

Et même si on les a crues, on les a peut-être minimisés, banalisé ou même justifié l’agression, comme par exemple, en responsabilisant les victimes. Elles ont alors intégré le message que ça valait mieux de ne plus en parler.

Parler de leur agression comporte des avantages quoique ça puisse être difficile pour les victimes de les identifier. Le fait de briser l’isolement, de parler de leur vécu, de partager leur douleur, de comprendre ce qui leur est arrivé et de ce qu’elles vivent encore, d’établir des relations de confiance, etc. peut permettre aux victimes de s’outiller afin de reprendre le pouvoir sur leur vie.

L’agression sexuelle est un crime qui est soutenu, en partie, par la loi du silence institutionnalisée dans nos sociétés. Dévoiler une agression sexuelle n’est pas une décision facile à prendre pour la plupart des victimes d’agression sexuelle.

En résumé :

Obstacles au dévoilement de l’agression sexuelleImportance de briser le silence
Vous craigniez l’agresseur et avez peur des représailles ;
• Vous ayez l’impression d’être seule à vivre une telle situation ;
• Vous vous sentiez coupable ;
• Vous ayez honte de ce qui vous est arrivé ;
• Vous craigniez les commentaires désobligeants ;
• Vous ayez peur de ne pas être crue ;
• Vous ayez l’impression d’être responsable de ce qui vous arrive ;
• Vous ayez parfois des sentiments confus à l’égard de l’agresseur ;
• Vous craigniez les démarches judiciaires ;
• Vous craigniez de perturber la vie de vos proches ;
• Vous craigniez les réactions ou les remarques de votre entourage.
Choisir de parler de l’agression sexuelle peut vous aider :
• à surmonter la honte reliée au secret qui vous isole ;
• à avancer et à traverser l’étape du déni de l’agression sexuelle et à reconnaître la réalité ;
• à vous faire comprendre et aider ;
• à raconter votre expérience à des personnes compatissantes qui reconnaissent votre vécu ;
• à être en contact avec vos émotions ;
• à avoir des outils pour réduire les conséquences de l’agression sexuelle.